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Point de vue : Se débarrasser des fantômes de l’Unesco

Andreas Riedl, directeur de CIPRA Haut-Adige

Les Dolomites/I l’ont déjà obtenu, la Grossglockner-Hochalpenstrasse/A se le verra attribuer probablement bientôt : le statut de patrimoine mondial de l’UNESCO. De plus en plus de destinations touristiques alpines y aspirent. Andi Riedl, directeur de CIPRA Haut-Adige, revendique une gestion plus parcimonieuse de cette distinction UNESCO.

Il y a dix ans, le Comité du Patrimoine mondial a élevé neuf zones des Dolomites au rang de Patrimoine mondial. Or, maintenant, même le marketing touristique de cette région du patrimoine mondial perd le contrôle des images qu’il a lui-même valorisées jadis. Ce qu’il faut à de tels lieux, ce sont des stratégies crédibles permettant le maintien de leur caractère unique ‒ des stratégies que l’industrie touristique doit respecter.

Les conditions de préservation et de maintien de l’intégrité des « valeurs uniques universelles » des Dolomites, selon l’UNESCO, sont de moins en moins prises en compte. Sur le Pragser Wildsee dans le Val Pusteria/I, on ne maîtrise plus les fantômes. Le buzz d’Instagram autour du lac, une série à la télé italienne et l’anoblissement par l’UNESCO ont fait de cette vallée un pôle d’attraction touristique, envahi par les touristes, avec des bouchons à répétitions bloquant l’étroite route d’accès. Ailleurs, on s’équipe de clôtures et de tourniquets, afin de gérer d’une manière ordonnée le flux des touristes avides de photos ; comme c’est le cas devant la discrète église Ranui à Funes/I. Le paysage singulier autour des cols des Dolomites fait l’objet de nuisances sonores permanentes dues à la circulation intense. Pour lutter contre les bouchons, on a imaginé des moyens frisant l’absurde : péages et barrages pour empêcher l’organisation d’événements touristiques dans les montagnes. Malgré tous ces efforts, les agences touristiques continuent à mettre en scène le patrimoine mondial, par exemple en y implantant une tour en verre ou autres ouvrages clinquants.

Si c’est cela, le sort du patrimoine mondial des Dolomites dans les dix ans à venir, je dis simplement, non merci ! Nous renonçons volontiers à la réévaluation du patrimoine par l’UNESCO… Un peu de bonnes intentions et quelques astuces d’embellissement ne suffiront pas pour se débarrasser des fantômes du tourisme de masse. Une distinction UNESCO oblige à la préservation et au maintien des lieux et paysages extraordinaires. Désigner la Grossglockner-Hochalpenstrasse, une route à péage, comme site du Patrimoine mondial afin qu'elle puisse être fréquentée davantage n'est pas la bonne voie à suivre.