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Le paysage est négociable — sa protection ne l’est pas

Les protecteurs de la nature surmontent les frontières : la nature a ses niches, même dans les paysages hyper urbanisés. (c) Heinz Heiss Zeitenspiegel

Notre paysage alpin est relié à tant d’histoires personnelles ; pourtant il se transforme de plus en plus en ressource interchangeable. Est-il encore possible de le sauver ?

Le paysage dans les Alpes est soumis à une transformation profonde: les gens se retirent des lieux les plus pentus et cessentde les exploiter ; la forêt regagne du terrain. En revanche, en fondde vallée, les routes, les agglomérations et l’agriculture intensivedominent comme dans les plaines.Ces changements dans l’espace ne font-ils pas également évoluerla relation que nous, êtres humains, avons avec le paysage etnotre environnement? La majeure partie de la population alpine vitdésormais dans les villes ou en milieu urbain. Ainsi, au cours desdernières décennies, les » belles « Alpes avec lesquelles nous nousidentifions et qui sont pour nous notre pays d’origine, ont disparu denotre environnement. Mais alors, si notre sentiment d’identificationavec notre environnement proche nous fait défaut, avons-nous encoreun lien avec celui-ci? Pouvons-nous encore comprendrepourquoi nous devrions en fait protéger cet environnement? Et sommes-nous alors encore prêts à nous engager en sa faveur ?

Vallées sans visage
Pour pouvoir nous identifier au paysage qui nous entoure et tisserun lien avec lui, il lui faut un visage, il doit nous raconter unehistoire. Et cette histoire doit être individuelle et unique. Les fondsde vallée mités par l’urbanisation, les autoroutes interminablementidentiques et les centres commerciaux interchangeables ne nousracontent pas d’histoire personnelle. Ce paysage est détruitAlpenScene 104/ 2018. Notre paysage alpin est relié à tant d’histoires personnelles ; pourtant il se transformede plus en plus en ressource interchangeable. Est-il encore possible de le sauver?

Préserver les habitats et le capital naturel
La protection du paysage ne se fait pas uniquement pour des raisonsesthétiques. Elle ne protège pas que le » beau « dans le paysage.Il s’agit surtout de maintenir les fonctionnalités du paysagedans leur ensemble en tant que lieu de vie pour les êtres humains etpour les animaux, en tant qu’archive de nos actes ou aussi commeatout touristique, pour ne nommer que quelques critères. Comment pouvons-nous comprendre le paysage dans son ensemble,avec sa multitude de fonctions ? De quelle façon pouvonsnous permettre une évolution du paysage qui ne capitule pas faceaux exigences économiques et aux jeux politiques ? D’un paysalpin à l’autre, les instruments sont très différents. La Suisse a unelégislation sur l’aménagement du territoire relativement complèteet restrictive, par rapport aux autres pays alpins, avec des compétencesau niveau national. En Bavière, le Plan Alpin protège lanature et les paysages. En revanche, en Autriche, de nombreuxsites naturels, jusqu’à présent vierges, font actuellement l’objet deprojets touristiques. En Italie, on se concentre souvent sur les aménagementsrécents dans les vallées, laissant les vieux villages et lespaysages culturels à l’abandon et envahis par la végétation.Au niveau international, la Convention alpine n’a qu’une influence restreinte.Le protocole sur la protection de la nature traite des espacesprotégés alors que le protocole sur la protection des sols contraintles Etats à préserver les multiples fonctions des sols. La Conventioneuropéenne du paysage peut également jouer un certain rôle. Pour la première fois, elle fait du paysage l’objet d’un instrument dedroit international et initie une gestion respectueuse des paysages,notamment en milieu urbain et périurbain.

Notre rôle
Le point commun entre ces protocoles et ces conventions : sansnotre implication, ils resteraient lettre morte. C’est justement pourcela qu’il est important que nous puissions nous identifier avec lepaysage qui nous entoure, que nous développions un lien avec cepaysage et que nous nous formions une idée quant à son évolution.Que ce soit la première randonnée en montagne avec l’écoleou l’aventure entre amis dans la zone commerciale abandonnée : sinous nous rappelons nos histoires personnelles, le paysage retrouveson visage. Petit à petit, l’idée émerge aussi que les citoyenneset les citoyens doivent être impliqués dans les démarches de planificationet d’aménagement du territoire. Car ce que nous percevonscomme un » beau « paysage est différent d’une personne à l’autre etpeut faire l’objet d’un débat. En revanche il ne peut y avoir de négociationsur la nécessité de gérer le paysage avec grand soin.

Quand les relations mènent à la responsabilité
Les paysages portent la marque des relations et des souvenirs.Si nous en prenons conscience, cela nous motivea développer un lien soutenable avec la nature. Le projettriennal » Re-Imagine Alps « place pour cela le paysageau centre des activités. Il s’appuie sur les résultats deprojets comme AlpES , WorthWild ou whatsalp.Ce numéro d’Alpenscene marque le début du projet ; parailleurs, a partir de la journée internationale de la montagne,le 11 décembre 2018, une carte interactive localiserales histoires de paysages, les portraits et les endroitspréférés de diverses personnes dans les Alpes avec desphotos, des textes et des contenus audio-visuels. Lacarte représentera les activités sur le paysage dans larégion alpine portées par les représentations de la CIPRA ;elle sera mise a jour régulierement. Les résultats de» Re-Imagine Alps « seront mis en valeur dans le travailpolitique, notamment au sein de la Convention alpine.

re-imagine-alps.cipra.org (de)

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