La gouvernance de l'eau - ABéCéDaire - partie 1

Première partie d’un inventaire de pratiques qui placent les citoyen·nes au centre du processus de gestion de la ressource.

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a adopté en septembre 2025 un avis rappelant que « la participation du public aux décisions impactant l’environnement traverse aujourd’hui une crise qui empêche [le] droit constitutionnel de jouer pleinement son rôle. […] Résultat : une défiance croissante envers des dispositifs censés renforcer la démocratie environnementale. »

Dans notre premier article sur la gouvernance de l’eau, nous constations que la participation citoyenne ne s’impose pas de manière évidente dans les comités de bassin et les commissions locales de l’eau. Dans ce second article, notre équipe partage avec vous la première partie d’un inventaire de pratiques qui placent les citoyen·nes au centre du processus de gestion de la ressource.

Comme nous l’évoquions dans notre article sur les droits de la nature, ces initiatives n’ont de cesse de prouver leur force instituante dans les décisions publiques.


A comme Atelier Artistique

Repenser la relation à l’eau en impliquant les habitants dans un projet de recherche universitaire et artistique

Dans le Trièves, en Isère, le projet Rés’eau associe des habitants, l’association La Maison-Atelier et le laboratoire PACT. Il vise à produire de nouvelles connaissances sur les enjeux de l’eau à l’ère du changement climatique.

Ces travaux de recherche ont la particularité d’être réalisés par les habitants eux-mêmes, à partir de leurs préoccupations individuelles par rapport à l’eau : impact de la pénurie sur l’agriculture, diminution de la disponibilité en eau pour le vivant, pollution, projet d’installation de bassine, etc. Les chercheurs de l’Université Grenoble Alpes (UGA) accompagnent, complètent et analysent les résultats des enquêtes. L’objectif est de retracer systématiquement les relations et les interdépendances entre l’eau, les acteurs impliqués, les installations techniques, la faune, la flore et les sols.

L’objectif final du projet est de mettre en lumière ces interdépendances, sous forme de cartes et de spectacles vivants, afin de passer d’une perception de l’eau comme ressource exploitable à une conscience de l’eau comme système complexe, dont dépend l’ensemble de la vie terrestre.


B comme Bisses et canaux
La gestion des canaux d’irrigation par leurs usagers, une pratique traditionnelle qui perdure

En France, une association syndicale autorisée (ASA) est un groupement de propriétaires assurant des missions d’intérêt général dans quatre domaines distincts :

  • la prévention contre les risques naturels ou sanitaires, les pollutions ou les nuisances ;
  • la préservation, la restauration et l’exploitation de ressources naturelles ;
  • l’aménagement et l’entretien des cours d’eau, lacs ou plans d’eau, voies et réseaux divers ;
  • la mise en valeur des propriétés.

Dans le Briançonnais, une centaine de canaux d’irrigation sont en activité. Chaque année, les membres de l’ASA effectuent une « corvée » : une journée d’entretien indispensable, garante d’une bonne mise en eau des canaux au printemps. Ces associations détiennent souvent une connaissance très pointue du terrain, qui leur permet d’être réactives dans la manipulation des ouvrages.

À l’étranger, dans les régions de montagne du canton du Valais (Suisse), il existe des canaux d’irrigation analogues, appelés « bisses » ou « biefs ». La Suisse a entrepris une démarche d’inscription de ces canaux d’irrigation sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité (Unesco). 


C comme Conseils de développement
Contribuer à l’élaboration des politiques publiques locales au sein d’instances officielles de démocratie territoriale

Comme nous en parlions lors de notre rencontre de mars 2026, un conseil de développement est une instance participative créée à l’échelle d’une intercommunalité ou d’un territoire de projet. Sur le sujet de l’eau, sa contribution permet de :

  • faire émerger les enjeux concrets liés à l’eau à l’échelle intercommunale ;
  • créer des espaces de dialogue sur des sujets sensibles (partage de la ressource, tarification, usages agricoles et industriels) ;
  • formuler des propositions éclairées à destination des élus et des décideurs publics.

En mars 2023, un groupe de travail dédié à l’eau s’est formé au sein du conseil de développement de Saint-Marcellin Vercors Isère Communauté, partant du constat de tensions croissantes entre usagers, notamment vis-à-vis des agriculteurs. Le 29 décembre 2023, le conseil a présenté ses premiers travaux au président de la communauté de communes, point de départ d’une saisine autour de trois axes :

  • élaborer une communication innovante pour sensibiliser aux enjeux liés à l’eau, avec une attention particulière pour les enfants et les jeunes ;
  • identifier des leviers pour accompagner les agriculteurs dans l’évolution de leurs pratiques, en ciblant la consommation d’eau, la préservation des sols et la diversification des cultures ;
  • proposer de nouveaux critères pour la tarification de l’eau, favorisant une gestion durable de la ressource tout en assurant les investissements nécessaires

Pour en savoir plus : 

  • https://saintmarcellin-vercors-isere.fr/conseil-de-developpement.html# 

E comme Éducation populaire
Dépasser les barrières du « manque de légitimité »

Le manque de connaissances des citoyen·nes sur les enjeux de l’eau et sur le fonctionnement actuel de sa gestion en France est souvent cité comme un frein à la participation. Plusieurs associations déploient des actions très concrètes pour sensibiliser et former les citoyen·nes, afin de faciliter leur participation au débat public, dans une optique d’émancipation et de transformation sociale « par tou·tes et pour tou·tes ».

  • C’est par exemple le cœur du projet de l’association « La Water Family – du flocon à la vague », qui développe depuis 2009 des programmes pédagogiques complets sur la préservation de l’eau, de la santé et de l’ensemble du vivant. Ces programmes s’adressent aux scolaires, au grand public, aux entreprises et aux organisateurs d’événements. L’association propose notamment l’atelier pédagogique « Trajectoire Eau et Territoire », qui réunit les usagers, les gestionnaires de l’eau et les élus d’un même territoire pour construire une vision commune de leur hydrosystème, situer les facteurs limitants, en déduire les conséquences et élaborer ensemble des solutions.
  • La sensibilisation est également un axe fort de @FNE PACA, qui propose des contenus mettant en avant les solutions fondées sur la nature : la websérie « Ça coule de source ?! » ou le podcast « Les Pieds dans l’eau », pour interroger les acteurs locaux sur le thème de l’eau, alerter sur la réalité de la ressource face au changement climatique et suivre des exemples inspirants de gestion de l’eau. L’association propose des animations sur la biodiversité aquatique, l’eau et le littoral auprès des classes et du grand public. Elle a aussi publié un « Guide Ressources en eau et milieux aquatiques », destiné aux acteurs de l’aménagement, aux élus et aux associations, pour intégrer la protection des milieux dans les documents d’urbanisme. Enfin, la plateforme participative « Sentinelles de la nature » permet de valoriser les actions positives en faveur de l’environnement, notamment des rivières et des cours d’eau, mais aussi de signaler les dégradations des milieux aquatiques.

Pour en savoir plus :


F comme Fonte des glaces
Un changement d’état de l’eau, entre inquiétudes et convoitises

Depuis la fin du petit âge glaciaire, au milieu du XIXe siècle, la fonte de nos plus grands réservoirs d’eau s’accélère, et la question des stocks inquiète autant qu’elle attise les convoitises, notamment pour la production d’électricité. En Suisse, sur les bassins peu englacés, généralement plus bas en altitude, le pic de fonte des glaciers a déjà été atteint. Sur les bassins versants fortement englacés, en revanche, les débits vont continuer à augmenter jusqu’à un pic, attendu dans les trois prochaines décennies, avant de diminuer à leur tour.

Par ailleurs, quand la glace se dérobe, un nouvel écosystème apparaît. Le projet Ice&Life, coordonné par l’association Marge Sauvage et Asters-CEN74, a pour but de garantir une meilleure conservation des écosystèmes glaciaires et post-glaciaires, grâce à des actions de médiation scientifique et de communication auprès des acteurs des territoires.

Une Convention du territoire pour les glaciers a été mise en place à Bourg-Saint-Maurice, afin de définir, avec les acteurs du territoire, les zones de protection à établir. Retrouvez ici le rapport complet de l’expérience. Après la convention, l’enjeu est d’assurer le maintien de ces zones en dépit des alternances politiques et des intérêts économiques.