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Un nouveau regard sur la nature

Exit la protection de la nature cloisonnée, c'est l'heure du réseau écologique En matière de protection de la nature et des espèces, on assiste depuis quelques années à un changement de paradigmes : abandon de la simple conservation d'habitats rares pour considérer le territoire dans son ensemble. C'est de là que vient le modèle des réseaux écologiques qui permettent aux espaces protégés d'élargir leur perspective.
Pour les déplacements de la maison au lieu de travail, au supermarché ou à la montagne pour les loisirs, la mobilité joue un rôle important, chez nous les humains. Les animaux et les plantes ont tout autant besoin que nous d'être libres de leurs mouvements : au cours de leur cycle de vie, ou de leur cycle annuel ou journalier, la faune et la flore doivent avoir accès à diverses sortes de ressources et d'habitats pour pouvoir correctement se nourrir, se déplacer et se reproduire.
Depuis le début du 20ème siècle, on essaie de préserver la diversité biologique dans des territoires destinés spécialement à cet effet. Dans les Alpes, le premier parc national alpin fut le Parc national suisse, créé en 1914. Aujourd'hui, l'Arc alpin compte près de 900 espaces protégés, de catégories et d'étendues extrêmement variées, qui recouvrent environ 25 % des Alpes. Même si ces territoires n'ont pas tous pour but principal une protection de la nature rigoureuse, la superficie des parcs nationaux et des réserves naturelles, directement consacrée au maintien de la biodiversité est tout de même remarquable : elle s'élève à 7 % de la zone d'application de la Convention alpine.

La protection de la nature n'est plus statique mais dynamique
Un chamois ne s'arrête pas à la frontière du parc national. Les amphibiens ne regardent ni à droite ni à gauche avant de traverser la route - et sont ainsi victimes de la circulation par milliers à chaque printemps. La nature n'a que faire du zonage établi par les humains qui séparent les réserves naturelles des zones habitées, délimitent les infrastructures routières ou déterminent les frontières nationales ou communales. Cela signifie que la protection de la nature doit aussi se faire en dehors des aires protégées, là où se trouvent les causes principales de la perte croissante de biodiversité dans le monde entier. Ces causes sont notamment : la destruction des habitats naturels, la fragmentation des territoires, la surexploitation des ressources et le recul des paysages culturels traditionnels. Dans les Alpes, ces phénomènes se concentrent surtout dans les fonds de vallées et les plaines, en raison du contexte géographique particulier. Les espaces protégés se situent en revanche majoritairement au-dessus de 2 000 m, là où, de toute façon, les conflits liés à l'exploitation humaine de l'espace sont relativement faibles.
Il est désormais reconnu que les espaces protégés, à eux seuls, ne pouvaient pas garantir le maintien de la biodiversité à long terme. C'est pourquoi sont apparus ces dernières années de nouveaux concepts de protection de la nature. Entre les zones nodales de haute valeur écologique et bien préservées, des liens spatiaux doivent permettre les migrations et donc l'échange entre biotopes différents, et empêcher l'appauvrissement génétique, dû à la fragmentation du pay-sage, et enfin l'extinction des populations isolées. Des éléments de liaison comme les corridors ou les biotopes relais -petites surfaces bien conservées- tissent des " réseaux écologiques " entre les zones nodales.

La Convention alpine montre la voie
Les projets et initiatives destinés à créer des réseaux écologiques de ce genre sont de plus en plus fréquents également dans les Alpes. En Suisse par exemple, a été créé le Réseau écologique national à l'échelle fédérale. En France et en Allemagne, il existe diverses initiatives aux niveaux régional et local, par exemple dans la Région Rhône-Alpes ou en Bavière avec le BayernNetzNatur (réseau nature de Bavière). Le référentiel de travail et la réalisation diffèrent grandement selon les initiatives. L'organisation, par exemple, dépend à chaque fois du contexte social et politique ou des données géographiques locales. Dans une région biogéographique cohérente comme le massif alpin, il est extrêmement important que les diverses initiatives soient coordonnées et que les différents référentiels soient harmonisés afin de permettre une approche commune cohérente.
La Convention alpine offre un cadre approprié pour cette coordination par le biais de son Protocole sur la Protection de la Nature qui appelle à la création d'un " Réseau transfrontalier d'espaces protégés ". Cela permet de satisfaire en même temps aux dispositions d'un grand nombre d'autres règlements et accords internationaux, en particulier celles de la directive européenne Habitats ou du Réseau écologique paneuropéen.


Coopération internationale nécessaire
Les principaux massifs montagneux européens sont tous à cheval sur des frontières. Les Alpes, les Pyrénées ou encore les Carpates s'étendent sur plusieurs pays. La coopération internationale joue un rôle important lorsqu'il s'agit d'élaborer et de mettre en place des réseaux écologiques aussi bien au sein des divers massifs montagneux qu'entre eux (cf. article sur le projet Econnect dans cette revue). Compte tenu des nouveaux défis pour la protection de l'environnement tels que le changement climatique, qui touche tout particulièrement les régions montagneuses, le thème des réseaux écologiques revêt une importance particulière. La création de nouveaux éléments de liaison écologique permet aux espèces de réagir aux modifications des conditions environnementales par le biais de migrations et d'adaptation de leurs aires de répartition.
Les expériences de création de réseaux écologiques ont été jusqu'à présent tout à fait positives, si l'on considère les réalisations faites en France dans le département de l'Isère ou bien en Suisse dans le cadre de l'Ordonnance sur la qualité écologique. Si l'on veut vraiment encourager une utilisation du foncier respectueuse de la nature et durable, il va de soi qu'une large palette d'acteurs devra être impliquée dans les projets. L'agriculture, la sylviculture et la gestion des eaux, mais aussi le tourisme, l'aménagement du territoire et les transports : autant de secteurs d'activité dont la diversité partenaires ouvre des voies et des possibilités nouvelles de dialogue transversal et de coopération constructive.

Développer des perspectives à long terme
Pour que ces projets réussissent à long terme, il est crucial qu'ils soient en mesure de préserver durablement les éléments des réseaux écologiques ou plutôt la fonctionnalité écologique des territoires. C'est pourquoi les résultats des études et des projets doivent être pris en compte dans les concepts d'aménagement du territoire et y être durablement ancrés. Il ne s'agit pas d'identifier de nouvelles aires protégées ou des éléments particuliers du paysage, mais de développer une vision dynamique, souple et globale d'une région, dans laquelle la fonctionnalité écologique sera prise en considération à long terme. La qualité écologique d'une région ne dépend pas de la superficie totale de ses espaces protégés. Pour en juger, il faut plutôt se demander jusqu'où a pu être rétablie, entre l'Homme et la Nature, une symbiose qui fonctionne. Cela signifie que nous, les humains, devons agir en harmonie avec la nature sur l'ensemble du territoire. Des supports de planification appropriés permettent d'ébaucher une vision globale et d'harmoniser les diverses actions dans tous les secteurs avec cohérence et succès. La nature n'est pas la seule à en profiter ; nous aussi, nous tirons directement bénéfice d'écosystèmes vivants qui fonctionnent bien.