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Quel est le prix du succès ?

Les produits régionaux de haute qualité constituent une part significative en terme d'offre de tourisme durable, et satisfont en même temps la demande de plus d'authenticité dans le tourisme. © www.tirolimages.at

L'esprit de clocher coûte cher et, comme on le verra ci-après, il s'agit d'une façon de voir dépassée. Le boom du tourisme alpin a amorcé une spirale de développement que la concurrence entre communes voisines et entre hôtels de la même commune a encore accélérée.
Durant ces années de boom économique, non seulement chaque localité voulait sa propre piscine, mais chaque hôtel investissait dans son propre équipement wellness. Une utilisation collective d'installations voisines semblait impensable. Cette spirale de concurrence a aussi contribué à l'endettement de l'hôtellerie quatre et cinq étoiles.
Il serait naïf de croire que, lorsque les temps sont rudes, les acteurs se rapprochent et coopèrent, tout naturellement. Toutefois, on assiste à de nombreux endroits à une lente prise de conscience : des coopérations régionales voient le jour pour la commercialisation de produits locaux ou le développement de produits et la mise sur pied d'une offre commune, parfois aussi pour l'utilisation de l'infrastructure locale.

Changer d'approche avec le changement climatique
Il est nécessaire de changer d'approche, comme en témoigne la première conséquence visible du changement climatique dans les Alpes : des investissements accrus dans le tourisme d'hiver. Toujours plus de régions de ski veulent investir dans le développement des installations d'enneigement - généralement avec des fonds publics - et équiper des secteurs plus hauts en altitude, lorsque c'est géographiquement possible. Au cours des 10 dernières années, les investissements annuels ont quadruplé en Autriche et ils atteignent aujourd'hui 11 % de la totalité des investissements dans le tourisme.
Quel prix les régions sont-elles prêtes à payer pour maintenir en vie un tourisme qui appartient déjà au passé ? Quelles conséquences fait-on dès lors assumer aux générations futures ? Même si l'on fait abstraction des interventions massives dans le paysage pourl'extension ou l'aménagement de domaines skiables et des besoins élevés en eau et en énergie liés à la production de neige artificielle, il n'est pas certain que ces mesures soient encore rentables.
Selon nos propres calculs, chaque skieur et skieuse en Autriche est aujourd'hui subventionné à hauteur de € 18,75 par an rien que pour la neige artificielle et les installations d'enneigement. Cette subvention ne se justifie pas car l'efficacité des installations n'est pas assurée pendant les hivers chauds et l'interogation demeure sur le délai de rentabilisation des investissements réalisés. Faire des affaires sur la peur du changement semble plus lucratif que le bon sens économique qui consisterait à s'intéresser assez tôt à des alternatives et à des offres d'avenir.
Le tourisme a besoin de nouvelles visions et d'idées créatives - l'entêtement pour le tourisme d'hiver est dépassé. Pour de nombreuses localités connues aujourd'hui comme domaines skiables, il devient intéressant de déplacer les activités de vacances vers l'avant-saison et l'après-saison actuelles. Quelques régions vont cependant devoir développer un autre secteur économique que le tourisme (pour en savoir plus sur le tourisme d'hiver face au changement climatique, voir le CIPRA Info 81).

Tour dépendra d'un vision à long terme
Les investissements bien pensés dans le tourisme d'été apportent beaucoup plus de valeur ajoutée régionale, comme en témoignent certains expériences. Ainsi des investissements ont été consentis avec succès dans le développement de l'offre d'été dans le Bregenzerwald. Du côté du infrastructures, seuls quelques sentiers thématiques et une amélioration de la qualité dans le secteur hôtelier ont été réalisés. Le principal investissement concernait le " software ", à savoir le développement de produits et la mise sur pied d'une offre basée sur l'utilisation de la ressource régionale authentique, le fromage. La route du fromage du Bregenzerwald (www.kaesestrasse.at) compte aujourd'hui parmi les modèles de développement touristique les plus réussis des Alpes, prenant en compte de manière intégrative les intérêts du développement de toute la région.
Mais la prudence est de rigueur : toute " authenticité " ne représente pas une véritable ressource pour la région. La mise en scène, répétée chaque année, d' " Hannibal dans les Alpes " au Rettenbachferner de l'Ötztal tyrolien en est un exemple. Comme l'annonce le site Internet (www.soelden.com/main/DE/WI/newsevents), " cette épopée héroïque est racontée avec des images poétiques à 3'000 m d'altitude ... dans un site qui est peut-être le théâtre original des événements ". Le prétendu théâtre original est une absurdité historique. Mais les spectateurs ne s'attendent probablement pas à la reconstitution de faits historiques lorsqu'ils paient € 219 pour une " nuit en igloo avec petit-déjeuner et eau à disposition pendant toute la nuit ". Sachant que cette méga-production coûte plusieurs millions d'euros par pour 67 minutes des spectacle avec 500 participants, un investissement technique énorme, notamment pour recréer une coulée d'avalanche, on peut douter de la valeur ajoutée apportée à la région.

Les parkings produisent moins de revenu que les hébergements
Il convient aussi d'être prudent face aux investissements dans des concepts touristiques journaliers, qui semblent plus avantageux à court terme. Le tourisme d'un jour se caractérise par une plus faible valeur ajoutée et par des nuisances plus importantes pour l'environnement. Le fait est que les parkings produisent moins de revenu que les hébergements. Les frais de marketing relatifs augmentent si on les met en corrélation avec un séjour plus court. Il est plus difficile d'inciter des vacanciers venus pour un seul jour ou pour une durée limitée d'abandonner leur voiture pour les transports publics. L'idée qu'on ne peut satisfaire son besoin de mobilité sur les lieux de destination qu'avec sa propre voiture, est profondément ancrée chez les personnes qui ont peu de temps à leur disposition.
Néanmoins, la mobilité douce, souhaitable tant pour la politique environnementale que pour la politique climatique, peut se révéler aussi bien " chère " que " bon marché " : lorsqu'une destination veut suivre par exemple le modèle de mobilité de Werfenweng (A), fréquemment évoqué, il lui faut une capacité financière qui dépasse le cadre d'un budget communal habituel. On a besoin de l'aide d'instances nationales et européennes pour mettre sur pied de tels projets modèles. Werfenweng a misé avec cohérence sur une mobilité douce et s'est ainsi doté d'une nouvelle position unique de vente. Cet investissement a aujourd'hui des retombées économiques, au niveau de la valeur ajoutée et du nombre de nuitées.
Des mesures moins importantes peuvent aussi contribuer à la protection du climat : la commune de Langenegg dans le Bregenzerwald (A), avec ses 900 âmes, finance avec la caisse communale un système d'autopartage et quelques abonnements annuels au réseau d'autobus. On peut " louer " pour un prix symbolique des abonnements généraux pour une journée. Cette formule a aujourd'hui convaincu des citoyens et des citoyennes qui n'avaient jamais mis les pieds dans un bus. Dans le cadre de mesures politiques contre les conséquences du changement climatique, le Ministère de l'environnement autrichien a créé récemment un programme de conseil et de soutien pour les grandes et petites mesures de ce type (cf. www.klimaaktivmobil.at). Une première étape a ainsi été franchie dans la motivation de la population.

Une expérience authentique à moindre coût
Un tourisme durable qui base ses offres sur une expérience authentique, implique des investissements relativement modestes. Il est non seulement compatible avec les intérêts écologiques et culturels mais apporte aussi une valeur ajoutée relativement élevée.
Pour amener de la durabilité dans le tourisme, il faut investir dans les savoir-faire car l'innovation, la coopération et la formation ne sont pas nécessairement inclus dans une offre tout pompris. Pour être performant, le tourisme durable a besoin de personnes ayant du cœur et un cerveau et sachant garder raison. De telles personnes ne paraissent pas introuvables.

Christian Baumgartner, Internationale des Amis de la Nature