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Quel avenir pour les stations de sports d'hiver dans les Alpes ? - Stratégies et alternatives pour le tourisme d'hiver

Le protocole d'application " Tourisme " réclame pour les Alpes une offre diversifiée intégrant le tourisme et l'économie. Au contraire de cet objectif, les grands investissements publics privilégient l'intensité, la spécialisation et la concentration de l'offre. Mais le changement climatique remet ces investissements en question.
Les sports de neige constituent une composante essentielle du tourisme dans les Alpes ; cela restera le cas dans le futur bien que le marché n'offre pas de signes d'une augmentation de la demande dans ce secteur. La récurrence épisodique des anomalies climatiques, non prévisibles à court terme, a entraîné une grande incertitude chez les acteurs et actrices du ski-business au cours de ces dernières années. Le ski d'été est certainement le secteur d'activité qui en a le plus souffert : il a presque entièrement disparu dans les Alpes du Sud avec le recul des glaciers, la nécessité de démonter les infrastructures construites sur le permafrost et les modifications morphologiques affectant la surface des glaciers.
Dans le principal secteur économique, le ski d'hiver, les stations touristiques ont élaboré trois différentes stratégies pour combattre cette évolution.

La stratégie technologique qui s'est imposée presque partout aujourd'hui est l'enneigement artificiel. Ce type de riposte entraîne une forte augmentation des impacts sur l'environnement : outre des besoins élevés en énergie et en eau liés à la production de neige artificielle, la création d'une couverture neigeuse homogène et la nécessité de sécuriser les pistes même lorsque la couverture neigeuse est fine, imposent des exigences considérables en matière d'aplanissement des pistes, si bien que la construction de nouvelles pistes nécessite un investissement considérable en temps et en argent pour aplanir et déplacer des milliers de mètres cubes de terrain et de rochers. En outre, de vastes travaux d'excavation sont nécessaires pour poser des conduites d'eau et construire des bassins d'accumulation qui entraînent de sévères altérations de l'environnement alpin. Par ailleurs, durant les hivers doux, toutes ces mesures techniques sont inefficaces, puisque la production de neige artificielle exige des températures assez basses pour permettre la formation de glace. (Cf. p. 7)

En revanche, la stratégie d'adaptation prévoit le déplacement des installations à plus haute altitude. Ces déplacements sont extrêmement onéreux et ils drainent des fonds qui pourraient être utilisés autrement pour le développement régional. Ces mesures sont souvent intégrées dans de grands projets de développement des domaines skiables et prévoient la fusion de plusieurs domaines, avec une forte augmentation des impacts généraux sur les milieux sensibles de haute montagne. Un grand nombre de ces interventions dans les Alpes italiennes, par exemple, sont en conflit avec les espaces protégés : des projets d'extension de domaines skiables touchent le parc national du Stelvio, les deux parcs régionaux de l'Adamello et de nombreux sites Natura 2000.

La stratégie multifonctionnelle est celle qui produit les effets les plus positifs et le moins d'incidences sur l'environnement. On s'efforce ici de diversifier au maximum les activités proposées (randonnées, bains thermaux, wellness, sentiers thématiques culinaires et culturels, animations pour les enfants, etc.), ce qui offre de nombreux avantages, notamment la prolongation du séjour et la possibilité pour les hôtes de vivre une véritable " expérience " touristique qui ne se limite pas au seul forfait des sports d'hiver. Cette solution permet en outre d'inclure dans l'économie touristique de nombreuses autres entreprises de production et de services (agriculture, artisanat, producteurs de denrées alimentaires, culture). Ces entreprises n'ont pas forcément leur siège dans la station touristique elle-même et elles peuvent être réparties dans toute la région. Plusieurs dispositions légales vont dans ce sens en Italie, en introduisant la notion de " système touristique ", une forme structurée de collaboration entre différents lieux et types d'acteurs économiques.