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« Nous, au coeur de la nature »

© Johannes Gautier

Les milieux naturels dans les communes sont des espaces de rencontre appréciés et renforcent le lien entre les êtres humains et la nature. Le programme « Nature diversifiée dans les communes » met en scène la nature du quotidien.

Les habitantes et les habitants de Frastanz se plaignaient auprès de l’administration communale : « Les arbres en bordure de route sont trop hauts ! Ils nous cachent la lumière et les feuilles bouchent nos gouttières. » Markus Burtscher, agent en charge de l’environnement et de la nature dans la petite commune du Vorarlberg, en Autriche, écouta ces voix.
Frastanz oeuvre depuis longtemps à la protection de la nature et de l’environnement. Un plan de gestion des espaces verts existe depuis 1985 et prévoit des mesures concernant tout ce qui est « vert » dans la commune. Justement, les arbres ont été plantés il y a 30 ans, ce qui n’est rien pour un arbre et pourtant, pour certains habitants, ils sont déjà trop grands. Les mesures prises à l’époque ont donc bien un impact sur la vie contemporaine.

Prévoir pour l’avenir
Comment faire face à ce genre de réclamations à l’avenir? Etait-ce la plantation adaptée? A-t-elle été faite au bon endroit? Markus Burtscher s’interroge. L’ingénieur remarque qu’un plan de gestion des espaces verts n’est pas un instrument statique qu’on peut laisser jaunir dans un tiroir. La nature, les êtres humains et une commune, en tant que lieu de vie, évoluent en continu. Désormais, Markus Burtscher, avec des biologistes et un expert en aménagement du territoire, développe un nouveau plan, qui pourra évoluer. Un chef d’oeuvre numérique qui prend en compte à la fois l’évolution du paysage, le plan de déplacement, le plan de gestion du patrimoine arboré, les biotopes, les prés à litières et les autres espaces verts. Cet outil doit permettre une gestion intégrée de la nature dans la zone bâtie.
Cette initiative peut notamment être réalisée grâce au fait que Frastanz participe au programme « Diversité naturelle dans les communes » du Land du Vorarlberg. CIPRA International et le Réseau de communes « Alliance dans les Alpes » proposent de diffuser cette approche à travers les Alpes, grâce à « speciAlps ». Ce nouveau projet aide cinq régions pilotes à reconnaître leurs trésors naturels, à en prendre soin et à les mettre en valeur. Une plus grande biodi- « Nous, au coeur de la nature » Les milieux naturels dans les communes sont des espaces de rencontre appréciés et renforcent le lien entre les êtres humains et la nature. Le programme « Nature diversifiée dans les communes » met en scène la nature du quotidien. AlpenScène 103/ 2018 11 versité là où vivent les gens assure aussi une meilleure qualité de vie. Le biologiste Marco Moretti propose une approche intégrée de la nature et des zones bâties. Alors que la population rurale préfère les paysages agricoles traditionnels, les urbains affectionnent souvent le retour d’une nature sauvage, avec une perception romantique, constate le chercheur de l’Institut pour l’étude de la forêt, la neige et le paysage. Il s’agit de dépasser ces modes de pensée entre nature et non-nature, entre ville et campagne. « Nous devrions concevoir les zones urbaines et les villes comme un écosystème particulier, comme un espace naturel dans lequel vivent de nombreuses personnes. » Si on observe par exemple une forêt, on ne peut pas vraiment la comparer avec une prairie ou avec un champs.
Plus des deux tiers de la population des pays alpins vit en zone urbaine. Dans leur quotidien, les espaces verts urbains sont souvent leur unique contact avec la nature. Celle-ci devrait être aussi authentique et « naturelle » que possible, estime Marco Moretti, que ce soit pour faire un jogging, profiter du calme près d’un ruisseau, grimper aux arbres ou attraper des têtards dans une mare. Il est particulièrement important que les enfants puissent être dehors et se salir pour développe un lien fort avec la nature.

Où la nature s’arrête-t-ell e ?
Un espace de nature en zone urbaine, aménagé avec soin et intégrant une grande diversité d’éléments, peut abriter une plus grande biodiversité qu’une zone agricole, notamment s’il s’agit d’agriculture intensive. Des études montrent qu’une biodiversité élevée a une influence directe sur la qualité de vie et sur le bien-être des gens. Plus la diversité du « vert » est présente dans leur quotidien, plus les gens sont heureux.
Toutefois, les espaces verts en zone bâtie sont attractifs pour les êtres humains tant que leur caractère naturel n’empêche pas les gens de les utiliser et d’y accéder. Ainsi, une prairie avec des herbes hautes n’est pas adaptée pour jouer au football.
La nature en ville remplit de nombreuses fonctions. Par exemple les plantes dépoussièrent l’air et produisent de l’ombre. Cela permet de réguler la température. Les surfaces bâties importantes sont des îlots de chaleur, les maisons pouvant agir comme des falaises. La différence de température entre le centre-ville et la périphérie peut s’élever à huit degrés Celsius. Les restes de plantes nourrissent des organismes tels que des bactéries, champignons ou invertébrés. Les sols non imperméabilisés aident à lutter contre les inondations, en permettant l’infiltration de la pluie. Les nutriments peuvent se constituer dans les jardins et plates-bandes. Les composantes naturelles en zone urbaine embellissent les quartiers et favorisent les contacts sociaux dans les communes. « La relation entre la nature et les êtres humains devrait être plus authentique, moins artificielle. Marco Moretti considère que nous devons transformer l’idée de la séparation entre « nous » pour adopter l’attitude « nous, au coeur de la nature ».

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