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Point de vue: La litanie de l’économie

Reinhard Gschöpf, directeur de CIPRA Autriche. © Martin Walser

Les pierres angulaires de l’État de droit menacent aujourd’hui de s’effondrer dans le cadre des discussions actuelles sur le rôle de l’économie. Reinhard Gschöpf, directeur général de CIPRA Autriche, met en garde contre l’édulcoration de normes environnementales et d’objectifs climatiques acquis de haute lutte.

Après plusieurs années marquées par le néolibéralisme, le fait économique est devenu l’argument suprême. L’art de la politique, à savoir concilier les intérêts, disparaît, et les appels à s’engager sur la voie d’un développement soutenable prônant un équilibre entre l’environnement, la société et l’économie ne sont plus entendus. L’économie, cette « divinité de substitution » du 21e siècle, est soutenue par tous les moyens : un tir d’artillerie assourdissant qui porte ses fruits.

Qu’il s’agisse d’infrastructures de transport, d’investissements énergétiques ou d’aménagements touristiques, la raison d’être des projets n’est pratiquement plus remise en cause, et la question de leur coût écologique n’est plus posée. Les procédures de l’État de droit sont présentées comme des boulets inutiles. Bien sûr, certaines procédures se prolongent aujourd’hui pendant des années, mais la plupart du temps parce que les dossiers sont incomplets. Des tirs d’artillerie lourde sont déployés : une loi sur le développement économique, l’économie élevée au rang « d’objectif prioritaire de l’État », la mise en place au niveau régional « d’avocats de l’économie », organes de contrôle habilités à agir en justice, un comité consultatif pour le développement économique, une liste de projets ultra-importants et des autorisations automatiques même lorsque la procédure n’est pas terminée. Ces mesures sont contraires aux droits fondamentaux et au droit européen, mais les responsables n’en ont cure : d’ici à ce que les recours soient jugés en dernière instance, le pays aura été mis de longue date devant le fait accompli. Telle est la logique de la législation explosive mise en place par le gouvernement fédéral sur l’économie autrichienne.

D’autres actions radicales menacent, par exemple lorsque la ministre de l’Environnement Elisabeth Köstinger promet des « mesures rapides » dans le cadre de la nouvelle loi sur le développement économique, afin de permettre à un projet de centrale bloqué depuis des années au Tyrol d’utiliser la quasi-totalité des torrents glaciaires préservés d’une zone de tranquillité. Et lorsqu’on constate qu’en Allemagne, le Plan alpin bavarois est affaibli pendant la campagne électorale après 40 ans de bons et loyaux services, ou qu’une discussion s’engage en Suisse sur une révision de la loi sur la protection de la nature et du paysage destinée à permettre de contourner le statut de protection nationale de certains paysages et zones naturelles, force est de constater que les dernières vannes menacent de s’ouvrir dans tout l’Arc alpin.

Un programme aussi partial n’a pas sa place dans une région aussi sensible que les Alpes. Cette conviction a trouvé son expression dans la Convention alpine. Nous n’avons pas besoin aujourd’hui de revenir à un état antérieur à la Convention alpine pour répondre à l’appât du gain. Ce dont nous avons besoin, c’est d’encore plus d’espaces libres préservés, de participation, de culture du vivre-ensemble et de courage pour nous engager sur la voie de la sobriété.