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« Nous devons nous adapter à la montagne »

Laurent Chappis

Laurent Chappis © Jean-Francois-Lyon-Caen

Mais qui est donc Laurent Chappis (Chambéry/F), cet architecte urbaniste qui conçut la première grande station de ski à Courchevel – puis n’aura de cesse de fustiger le « Plan Neige » ? Le méga projet de l’ « anarchitecte » : une vision humaniste de la montagne.
Quand il était enfant, on lui avait dit qu’il était trop chétif pour la montagne. Mais Laurent Chappis a placé les montagnes au cœur de sa vie, cherchant toujours à surmonter ses limites, aussi bien physiques que mentales. Pendant ses années de captivité comme prisonnier de guerre, il avait imaginé sur carte l’aménagement des Trois Vallées et la construction en pleine nature d’une grande station. Démarrée en 1946, « Courchevel 1850 » deviendra rapidement une référence internationale pour l’aménagement dessites de sports d’hiver en montagne : la station est implantée en versant nord à la convergence des pistes de ski, les bâtiments sont concentrés, disposés selon leur fonction, intégrés dans le paysage et directement accessibles depuis les pistes.

Courchevel : un dérapage capitaliste
Laurent Chappis, avec d’autres pionniers du ski, croyait en la création d’un centre de sports d’hiver et de ressourcement ouvert à différentes catégories sociales. Il avait en tête un lieu où l’on puisse ressentir l’immensité et le calme de la montagne – où chacun pourrait prendre conscience de son rapport au monde. Il a arpenté le terrain à pied et à skis, calculé le nombre de lits selon la règle du nombre de skieurs à l’hectare, préservant l’expérience de la nature.
Mais « Courchevel 1850 » a échappé à ses concepteurs d’origine. En 1960, pour le gouvernement français, le « Plan Neige » était en effet un programme d’aménagement et de développement économique ayant pour objectif la mise en valeur touristique des Alpes selon des critères financiers et commerciaux. Laurent Chappis n’aura de cesse de fustiger le « Plan Neige » et regrettera l’évolution de « Courchevel 1850 » où aujourd’hui, il ne reconnaît plus les fondements d’origine. Il critique le suréquipement de la montagne et déplore le fait que « le capital ait pris le pas sur le mental et le social. » « C’est à l’homme de s’adapter à la montagne, et non l’inverse. » À plusieurs reprises, il claquera la porte de ses commanditaires, se retirera de certains projets, refusera toute concession et tout compromis.

La « montagne humaniste », une expérience de la nature
L’« anarchitecte » poursuit alors son propre grand projet : une vision humaniste et transfrontalière des Alpes. Humaniste, parce que les Alpes sont les montagnes les plus densément peuplées du monde et extrêmement touristiques. Transfrontalière, parce qu’elles réunissent sept pays avec sept cultures différentes. Ce qui préoccupe Laurent Chappis, c’est de protéger ce territoire, mais aussi de trouver comment permettre aux gens d’en faire l’expérience. Car c’est dans la montagne que l’être humain prend conscience de lui-même et de sa place dans le monde. « La montagne humaniste répond à un besoin humain sans en créer d’autre, contrairement à la montagne capitaliste. » Laurent Chappisconçoit les Alpes comme un espace naturel comportant des « zones de silence » et des lieux de culture.
En 2010, devant la salle comble du Conseil Général de Savoie, Laurent Chappis présente ses travaux. Il tient à montrer les cartes sur lesquelles il a dessiné les particularités physiques et socioculturelles de ce qu’il appelle le « Massif central de l’Europe ». Âgé de 95 ans, mais conservant la vivacité et l’entrain d’un jeune étudiant, Laurent Chappis dévoile sa vision des Alpes, à laquelle il travaille tranquillement depuisdes années.

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Rebelle et visionnaire:
Laurent Chappis, né en 1915 à Aix-les-Bains/F, est l’un des pionniers de « Courchevel 1850 ». Cet architecte urbaniste a marqué l’aménagement touristique des Alpes depuis les années 50. Dans ses projets, la rentabilité économique est subordonnée à l’esthétique et à l’expérience de la nature. Sa démarche et son tempérament lui ont valu le qualificatif d’ « anarchitecte » attribué par son biographe Philippe Revil. Âgé de 95 ans, il vit aujourd’hui à Chambéry. Début 2011, la parution d'un volume sur « les Alpes européennes » viendra compléter les six volumes précédents consacrés à une définition de sa vision d’une « montagne humaniste ».
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Source : Alpenscène n° 94 (www.cipra.org/de/alpmedia/publikationen/4542)