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L'ère pétrolière touche à sa fin Les puits de pétrole ne couleront pas éternellement

Exploitation sans état d'âme : l'extraction de pétrole dans les sables bitumineux du Canada a un impact massif sur l'environnement

Exploitation sans état d'âme : l'extraction de pétrole dans les sables bitumineux du Canada a un impact massif sur l'environnement © David Dodge - The Pembina Institute www.pembina.org

Les découvertes de pétrole atteindront leur maximum au cours des 20 prochaines années. Comment le monde étanchera-t-il ensuite sa soif d’énergie ? Impossible de le dire aujourd’hui. Une seule chose est sûre : en même temps que le pic pétrolier, ce sont aussi les limites de la croissance matérielle qui seront atteintes. Le prix du pétrole va augmenter massivement. Les Alpes devront elles aussi s’adapter.
Une nouvelle chance pour le tourisme dans les Alpes en temps de pénurie pétrolière ?

Une nouvelle chance pour le tourisme dans les Alpes en temps de pénurie pétrolière ? © Artur Riegler

Le pétrole est de loin la principale source d’énergie mondiale. Il n’est extrait industriellement que depuis 1859, soit depuis un peu plus de 150 ans. Durant cette période relativement courte d'un point de vue historique, l’afflux continu d’énergie bon marché a fondamentalement transformé notre monde. Dans les pays industrialisés, la prospérité a fait un bond inouï.

Le pic pétrolier est une loi de la nature
Cependant, les réserves de pétrole sont limitées. Dans les prochaines décennies, la production mondiale de pétrole atteindra son maximum, ce qu’on appelle le pic pétrolier, pour décliner ensuite (voir graphique 1, page 9). Après le pic pétrolier, il y aura encore du pétrole, mais sa quantité diminuera chaque année. Cette réduction de l’offre pourrait engendrer des luttes pour la répartition des réserves de pétrole, ainsi que des crises énergétiques. Et finalement, en l’an 3000, en se penchant sur notre époque, un historien pourra dire : « C’était l’âge du pétrole : une époque turbulente, mais révolue. »
Aux Etats-Unis, l’extraction de pétrole a atteint son maximum dès 1970. Le pic a ensuite été atteint par la Norvège, la Grande-Bretagne, la Roumanie, l’Egypte et le Mexique : leur production chute aujourd’hui. Question angoissante : qui peut compenser ces déficits et couvrir les besoins croissants des pays émergents que sont la Chine et l’Inde ? La Russie semble avoir atteint un plafond. Quant à savoir si l’Arabie saoudite, le Nigéria et l’Irak peuvent encore augmenter leur production et dans quelle mesure, les avis divergent. Le Nigéria et l’Irak souffrent de troubles et de guerre. L’Indonésie, qui a aussi atteint le pic, a même dû se retirer de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEC) en mai 2008, lorsqu’elle est devenue importatrice net de pétrole. On constate aussi des problèmes au Venezuela et en Iran : le carburant y est bon marché, la consommation augmente, la quantité disponible pour l’exportation diminue. Shell le déplorait en juin 2007 : « La production recule dans de nombreux gisements conventionnels à travers le monde, au moment où la demande énergétique s’accélère ». Les signes sont clairs : il y a encore du pétrole, mais le temps du pétrole bon marché est révolu.
Les experts ne sont pas d’accord sur le moment où surviendra le pic pétrolier mondial. Cependant, tous s’accordent pour dire que l’exploitation du pétrole ne peut pas augmenter indéfiniment. L’extraction mondiale atteignait un million de barils (de 159 litres) par jour en 1914, six millions de barils en 1945. Une véritable ivresse pétrolière est survenue pendant les 50 dernières années. Aujourd’hui, la production journalière atteint 85 millions de barils. Jusqu’où cela peut-il encore grimper ? La compagnie pétrolière française Total avertit que le pic pétrolier est proche. « Nous pouvons nous estimer heureux si nous atteignons 100 millions de barils » disait le patron de Total, Christophe de Margerie, en 2007. Un peu plus tard, en février 2009, il corrigeait son pronostic à la baisse : « Nous ne dépasserons jamais 89 millions de barils. » D’après Total, nous sommes donc déjà dans la zone du pic pétrolier. Dicté par les lois de la nature, il est inéluctable. Nous atteignons donc les limites de la croissance matérielle.

Une valse des pronostics
Tous les ans en novembre, l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) publie le « World Energy Outlook » (WEO). Cet ouvrage, qui fait autorité en matière d’approvisionnement énergétique mondial, est utilisé par les gouvernements d’Europe, et donc aussi ceux des pays alpins, pour établir leur planification énergétique à long terme.
Pour la recherche sur le pic pétrolier, le chiffre le plus important du rapport est celui qui annonce le maximum de production du pétrole. Fait étonnant, le chiffre indiqué ne cesse de changer. D’année en année, l’AIE a dû corriger ses pronostics à la baisse. Dans le WEO 2005, l’AIE déclarait encore que la production mondiale de pétrole pourrait atteindre 120 millions de barils d’ici 2030, et que le pic pétrolier était encore très loin. L’AIE a dû ensuite corriger cette estimation à la baisse, d’abord à 116 millions de barils, puis à 105 millions dans le rapport 2008.
Pourtant, si l’on étudie les graphiques du WEO 2009 de plus près, on constate que les gisements pétroliers en exploitation s’effondrent déjà (cf. p. 9, graphique 2, partie bleu foncé). Pour parvenir, malgré tout, à 105 millions de barils par jour en 2030, l’AIE a introduit de nouvelles catégories de pétrole brut, qui se réfèrent aux gisements encore à découvrir, aux gisements existants à développer, ou aux méthodes de récupération améliorée du pétrole (cf. p. 9, graphique 2). On se demande si cette quantité pourra jamais être produite, et comment. Sur la base de ce graphique controversé, l’AIE déclarait dans le WEO 2009 que la consommation de pétrole atteindrait 105 millions de barils par jour en 2030. Pourtant, ce chiffre semble irréaliste, comme l’a avoué dernièrement au journal britannique « The Guardian » une personne bien informée de l’AIE, qui n’a pas voulu dévoiler son nom. « Le chiffre de 120 millions de barils pour 2005 était déjà une absurdité », a-t-il déclaré. « Et les chiffres actuels sont eux aussi exagérés, l’AIE le sait. Nombreux sont ceux qui, au sein de l’AIE, croient qu’il sera impossible de maintenir la production entre 90 et 95 millions de barils par jour. Mais si les chiffres baissent encore, certains craignent que cela ne déclenche la panique sur les marchés financiers. »

Moins de fret et plus de touristes dans les Alpes
Depuis les avertissements du Club de Rome dans les années 1970, on sait que le pétrole et le gaz naturel ne sont disponibles qu'en quantité limitée, et qu’il y aura un jour une crise. Toutefois, la plupart des gens ignorent encore que, selon toute probabilité, le pic pétrolier sera atteint avant 2020. « Nous devrions abandonner le pétrole avant qu’il ne nous abandonne » conseille Fatih Birol, économiste en chef de l’AIE. Ces avertissements devraient être pris au sérieux.
Le pic pétrolier confronte les régions alpines à de nouveaux enjeux. Tout ce qui ne peut pas être produit dans les Alpes doit y être importé. Les transports sont aujourd’hui bon marché. Après le pic pétrolier, ils seront plus onéreux. Cela signifie que les coûts augmenteront dans différents secteurs. Cela ne concerne pas seulement la mobilité, mais aussi le transport des marchandises et le chauffage au fioul. Il faut donc s’adapter et promouvoir les bâtiments bien isolés, les voitures légères et économes ainsi que les énergies renouvelables. D’autre part, les vols internationaux seront sans doute nettement plus chers après le pic pétrolier, ce qui devrait inciter les Européens à passer leurs vacances dans les Alpes plutôt qu’aux Caraïbes.
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