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Les mesures climatiques ne sont pas toutes efficaces - ni inoffensives Les actions climatiques au banc d'essai

Le Fälensee dans le massif de l’Alpstein (canton d’Appenzell, Suisse)

Le Fälensee dans le massif de l’Alpstein (canton d’Appenzell, Suisse) © Anita Wyss, CIPRA International

Dans les Alpes, on fait beaucoup plus pour éviter les émissions de CO2 que pour s'adapter au changement climatique. Cela ne veut pas dire pour autant que cette " lutte à la racine " mène au succès. Les données recueillies par la CIPRA dans le cadre du projet cc.alps montrent justement que certaines de ces mesures climatiques sont inefficaces, voire qu'elles ont des effets secondaires négatifs.
Le changement climatique bat son plein. Et les émissions globales de CO2 continuent à grimper allègrement. L'an dernier, elles étaient plus élevées que jamais. Pendant ce temps, les scientifiques nous abreuvent de nouvelles découvertes sur les effets possibles du changement climatique pour l'humanité et l'environnement. Les thèses anciennes sont souvent confirmées - à la différence que les effets escomptés risquent de survenir encore plus vite ou d'être plus intensifs.
Tout le monde est d'accord sur l'objectif : le réchauffement global de la température moyenne ne doit pas dépasser deux degrés Celsius. C'est la seule solution pour réduire les risques liés à des conséquences imprévisibles, pour limiter la menace des " points de basculement ", comme par exemple la fonte des glaces du Groenland, et pour empêcher le système climatique de s'emballer. Cet objectif ne pourra être atteint qu'à condition de renforcer massivement les mesures de protection climatique. Pour les pays industriels, et donc pour les pays alpins, cela signifie notamment que les émissions de gaz à effet de serre devront être réduites d'au moins 80 pour cent d'ici 2050.
Simultanément, Il va falloir engager des actions d'adaptation aux changements climatiques devenus désormais inéluctables. Quels que soient les objectifs de réduction décidés dans un avenir proche et, espérons-le, mis en œuvre, le réchauffement global va se poursuivre de toute façon, avec des conséquences graves pour les populations et pour l'environnement, en particulier dans l'espace alpin.
Au vu de l'ampleur des défis, il n'y a rien d'étonnant à ce que les efforts déployés par la politique pour la protection du climat et l'adaptation aux changements climatiques se soient intensifiés ces dernières années. Cette évolution est sensible au niveau supranational comme au niveau national, régional et communal. Certaines entreprises ont aussi " découvert " le climat à leur manière, que ce soit comme créneau commercial porteur, comme élément de la " Responsabilité sociale des entreprises " (RSE), ou tout simplement parce que les
prestations et produits qu'elles proposent dépendent au sens large du temps et du climat. D'autres initiatives ont été lancées par des particuliers et des organisations non-gouvernementales. Le résultat est une augmentation nette du nombre des mesures climatiques.
Que fait-on concrètement dans les Alpes ? Les attentes liées aux mesures climatiques sont-elles vraiment satisfaites ? Pour en avoir le coeur net, la CIPRA a lancé " cc.alps - changement climatique - penser plus loin que le bout de son nez ! " Dans le cadre de ce projet, les mesures climatiques déployées dans les Alpes sont mises au banc d'essai. L'objectif est de rendre accessibles à un plus large public les mesures qui sont en accord avec les principes d'un développement durable, et de mettre en garde contre celles qui peuvent avoir des impacts négatifs sur la nature et l'environnement, mais aussi sur le tissu social et l'économie (voir article page 8).

Des conflits d'objectifs prévisibles
La CIPRA a repéré environ 300 mesures climatiques dans l'espace alpin, ce qui, à première vue, paraît impressionnant. En y regardant de plus près, on s'aperçoit cependant que la plupart de ces mesures ont un champ d'action relativement limité et assez isolé. De surcroît, environ 10 pour cent seulement des mesures examinées peuvent être qualifiées d'exemplaires. Les autres ont toutes un potentiel d'amélioration plus ou moins important en terme de durabilité.
Ce qui est problématique ici, c'est que les effets secondaires négatifs ne sont pas, ou pas assez pris en compte. Signalons également les conflits d'objectifs avec d'autres secteurs politiques, dont on a trop peu parlé jusqu'à présent : par exemple l'atteinte à la protection de la nature et des paysages par la généralisation des énergies renouvelables. Ou bien faut-il que les derniers cours d'eau naturels soient sacrifiés à l'énergie hydraulique ?
Le nombre restreint des mesures d'adaptation est surprenant. De surcroît, elles sont moins bien évaluées que les mesures de réduction. Cela est certainement dû au caractère des mesures d'adaptation, qui sont axées sur l'impact du changement climatique : elles luttent contre des symptômes. Une analyse détaillée montre également leur caractère souvent très limité et réactif, qui ne correspond pas aux exigences d'une politique climatique cohérente et prévoyante. Le tourisme en est l'exemple classique : on continue à miser sur les canons à neige, y compris dans des stations confrontées depuis des années à des conditions d'enneigement très aléatoires, alors qu'il est de plus en plus clair que la neige de culture ne pourra pas remplacer à l'avenir l'absence de chutes de neige.
Les mesures climatiques d'ordre technique sont majoritaires : elles sont concrètes, relativement faciles à mettre en œuvre, mais elles sont aussi plus souvent moins bien évaluées. Les mesures destinées à accroître l'efficience énergétique, pour ne citer qu'un exemple, sont insuffisantes, en particulier parce que la consommation d'énergie absolue continue à croître et réduit à néant toutes les économies. Les mesures climatiques intégrées dans une stratégie globale s'en tirent nettement mieux. A condition que ces stratégies, qui associent des mesures techniques à des actions éducatives, financières, stratégiques et juridiques, soient rapidement mises en oeuvre. La technique seule ne résout pas l'affaire. Ce qu'il faut, c'est une combinaison de plusieurs types de mesures bien accordées entre elles, comme c'est le cas dans la commune de Mäder/A ou dans l'Achental/D (cf. www.cipra.org/fr/cc.alps/resultats).

Une approche globale s'impose
L'étude des mesures déployées au niveau local a donné des résultats similaires : un nombre important d'actions, une mise en oeuvre assez facile et des résultats d'évaluation relativement médiocres. Ajoutons que leur champ d'action est limité. Les mesures prises au niveau national ou transnational disposent d'un champ d'action beaucoup plus vaste, mais ne sont que rarement mises en oeuvre de manière adéquate. Dans l'évaluation de cc.alps, les actions climatiques qui s'en sortent le mieux sont celles qui sont prises au niveau régional, sur un territoire variant de la vallée au canton ou à la région.
Les mesures sont les plus nombreuses là où l'on produit le plus de CO2 et où l'on peut donc en économiser le plus : dans le secteur de l'énergie (par ex. utilisation de sources d'énergie alternatives), dans le domaine de la construction et de la rénovation (par ex. subvention des bâtiments efficients sur le plan énergétique), et dans les transports (par ex. développement des transports publics). Mais en règle générale, la somme des économies réelles de CO2 résultant de toutes les mesures prises dans un secteur sont sans commune mesure avec les émissions réelles de CO2 et le potentiel d'économie dans ce même domaine. Par ailleurs, les secteurs fortement sensibles au climat comme l'agriculture et la gestion des eaux sont faiblement représentés. Même l'aménagement du territoire, pourtant un domaine transversal classique, n'a jusqu'à présent pratiquement joué aucun rôle. Alors qu'il y aurait justement fort à faire dans ce secteur, au moyen, par exemple, de normes de construction adaptées, ou de formes d'urbanisation permettant de limiter la circulation.
Une chose est claire : les mesures prises jusqu'à présent sont loin de suffire pour répondre au défi du changement climatique, que ce soit pour l'adaptation nécessaire, ou compte tenu de la responsabilité des Alpes en matière de politique climatique. Le nombre, et surtout la portée des mesures doivent être massivement accrus. Par ailleurs, il y a trop de mesures isolées. L'échange d'expérience et de savoir est insuffisant et doit être amélioré. Les mesures d'adaptation et de réduction devraient être pensées en parallèle. C'est la seule manière d'empêcher que des mesures d'adaptation énergivores ne renforcent le changement climatique. Il existe également un vaste potentiel d'amélioration dans la mise en réseau des divers niveaux territoriaux. En d'autres termes : on a déjà fait - et parfois bien fait - beaucoup de choses, mais il y a encore beaucoup plus à faire, faute de quoi nous ne parviendrons jamais à dépasser la fameuse " goutte d'eau dans l'océan ".
www.cipra.org/cc.alps