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Luca Mercalli nous parle de la politique climatique en Italie - De bon projets, mais pas de stratégie

Luca Mercalli

Luca Mercalli - La voix de la protection du climat en Italie © Alberto Gedda, RAI DUE TG Montagne

Luca Mercalli est, en Italie, la voix qui prêche dans le désert pour une protection du climat efficace. Selon lui, son pays est à des années lumière des pays voisins. Il est totalement déçu par la politique. C'est auprès de certains milieux industriels qu'il trouve une oreille attentive.
Si on me demande si l'Italie fait suffisamment pour lutter contre le changement climatique, je réponds : " non ! ". En Italie, on ne s'est pas encore rendu compte de ce que signifiait le changement climatique et des conséquences qu'il pourrait générer. Aucun gouvernement n'a réussi, au cours des dix dernières années, à mettre sur pied un programme d'information et d'action sérieux et concret sur le thème du changement climatique. Aujourd'hui, la situation est très ambiguë : au niveau national, le gouvernement crée la confusion par des actions contradictoires, en décidant par exemple au Sommet du G8 de maintenir la hausse des températures en dessous de deux degrés Celsius, puis en s'engageant pour l'énergie atomique, et enfin en diffusant la motion déposée par des sénateurs de la majorité qui conteste l'existence même du changement climatique. Au niveau local, en revanche, on voit se multiplier les initiatives en faveur des énergies renouvelables, qui ont donné naissance à une myriade de projets très intéressants au niveau provincial et communal.
Ce ne sont donc pas les projets qui manquent, ni les idées. Ce qui manque, c'est une stratégie nationale solide, une vision homogène et cohérente de la part des organes institutionnels, qui pourraient influencer les comportements et les habitudes par des lois adéquates. Au lieu de cela, on a l'impression qu'il règne, au niveau institutionnel, une grande confusion qui désoriente et décourage les citoyennes et les citoyens.
Sur ce sujet, l'Italie est donc à des années-lumière des autres pays alpins tels que la Suisse, l'Allemagne ou l'Autriche. Pourtant, nous n'aurions pas de difficultés à rattraper notre retard. Il suffirait d'appliquer ce que les autres ont fait avant nous, sur le plan technologique par exemple.
Bien sûr, il y a quelques rares exceptions dans ce tour d'horizon désespérant. Parmi les régions alpines, c'est surtout la province autonome de Bolzano qui se distingue. Les autres régions suivent très lentement. Il serait faux de penser que l'avance des provinces autonomes n'est qu'une question d'argent. Ce qui fait la différence, c'est le facteur culturel. La conscience des problèmes environnementaux est beaucoup plus prononcée dans le monde germanophone.

Celui qui crie le plus fort a raison
Malgré toutes ces résistances, il y a aussi dans le reste de l'Italie des personnes compétentes et engagées, qui me motivent à leur tour à poursuivre mon travail d'information et de sensibilisation. Malheureusement, nous ne formons encore qu'une petite minorité. Nous avons du mal à faire entendre notre voix. En Italie, on assiste aujourd'hui à l'apothéose de l'idéologie : les faits sont déformés, et c'est celui qui crie le plus fort qui a raison. Or, les thèmes importants comme l'environnement nécessitent des débats sérieux et approfondis. Une partie du monde industriel semble l'avoir compris. Paradoxalement, ce sont eux les interlocuteurs les plus attentifs et les plus intéressés. Quelques entrepreneurs commencent à réaliser qu'investir dans les mesures climatiques n'est pas seulement bénéfique pour l'environnement, mais qu'ils sont eux-mêmes les premiers à en profiter en économisant de l'énergie et en améliorant leur stratégie de marketing.
Si je regarde au-delà des frontières nationales, et même au-delà des Alpes, en direction de Copenhague, je ne me fais pas d'illusions : le monde ne changera pas du jour au lendemain. Je serais déjà satisfait si nous avions suffisamment d'élan et de conviction pour faire passer dans la normalité les pratiques innovantes et révolutionnaires que la CIPRA, entre autres, nous vante tous les jours. Avoir des panneaux solaires sur le toit et une maison bien isolée devrait être aussi évident qu'avoir une cuisine avec un réfrigérateur (de classe A++, bien sûr !).


La voix de la protection du climat en Italie

Luca Mercalli est président en fonction de la Société météorologique italienne et fondateur et directeur du journal météorologique " Nimbus ". Egalement présentateur d'une rubrique de l'émission télévisée " Che tempo che fa " sur RAI3 et de " TGMontagne " sur RAI2, Luca Mercalli est une figure nationale. Il exerce depuis toujours un travail d'information et de sensibilisation sur tous les sujets liés au changement climatique en Italie et à l'avenir des montagnes. Ce natif de Turin vit et travaille dans le val de Suze en Piémont.
www.nimbus.it (it/en)