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De l'art de la construction en bois aux bien-être grâce au foin - Outre ses ressources naturelles, les capacités et l'investissement personnel de ses habitants sont le trésor des Alpes.

Depuis 1850, la surface des forêts de montagne a augmenté de plus de 30 %. Bien que l'économie sylvicole durable puisse être considérée comme une protection active de l'environnement, nos forêts sont toujours bien trop peu exploitées pour la production de matière première. © CIPRA International

On peut se plaindre de l'émigration et du déclin du tourisme et rester les bras croisés. On peut aussi démontrer qu'il est possible de gagner de l'argent avec les ressources disponibles sur place et de créer des emplois sûrs.
Les régions rurales des Alpes n'ont souvent qu'une faible croissance économique et n'offrent qu'un choix restreint de professions et donc peu de possibilités de travail par rapport aux villes et aux ensembles urbains. Du fait de la globalisation et du changement structurel subi par l'agriculture au cours des dernières décennies, beaucoup d'emplois ont disparus et plus d'une région de montagne s'est quasiment dépeuplée.
D'un côté, des villes et des centres touristiques toujours plus étendus, de l'autre des villages de montagne délaissés et des alpages à l'abandon : les stations de sports d'hiver, les villes et les régions industrielles des Alpes continuent de se développer tandis que beaucoup de régions de montagne pittoresques, à l'environnement préservé, se dépeuplent, signant la disparition de formes de cultures traditionnelles comme l'artisanat, l'alpagisme et l'élevage. La CIPRA est convaincue qu'il est nécessaire de contrer cette tendance : le paysage et les traditions culturelles sont la base d'une économie durable. Ils doivent être protégés et entretenus.

Les impacts négatifs du trafic et de la pollution sur l'écosystème alpin sensible sont bien visibles dans les centres touristiques et les cités dortoirs. La priorité du développement régional doit donc résider dans la création et la diversification des emplois, en harmonie avec un environnement fragile et avec les ressources locales.

Développement économique avec des conséquences positives à long terme
De nombreux habitant-e-s des Alpes sont conscients que ce paysage unique est menacé. Dans les régions de haute montagne avec des espèces végétales et animales rares et des glaciers se réduisant comme peau de chagrin, des zones de protection ont été aménagées pour sauvegarder cet écosystème sensible. Egalement dans les alpages, marqués par l'exploitation humaine depuis des siècles, la protection des paysages culturels devrait avoir la priorité sur les investissements purement économiques.
Quantité de chalets d'alpage et de refuges, d'étables et de granges vides ont été transformés en maisons de vacances et en résidences secondaires. La sauvegarde de ce patrimoine bâti est sans doute positive à certains égards, estiment les expert-e-s dans l'étude commandée par la CIPRA. Toutefois, la frénésie de construction dans les stations de sports d'hiver et leurs environs ne crée, selon eux, que peu de valeur ajoutée, car elle implique une exploitation qui reste uniquement saisonnière. Par contre, elle porte atteinte au paysage alpin "classique" et donc au développement d'un tourisme doux en été. Alors qu'il s'agit de faire émerger une nouvelle attractivité touristique en dehors de la saison d'hiver, toujours plus courte, pour se préparer au changement et au réchauffement climatiques, le fait de construire tous azimuts constitue, selon les expert-e-s, un obstacle à ce développement.

Protéger le climat en utilisant du bois régional
L'accroissement des étendues de forêt constitue l'une des modifications évidentes du paysage dans les Alpes : depuis 1850, la surface de forêts de montagne a augmenté de plus de 30%. Jusqu'ici, ce reboisement passait plutôt pour un obstacle au tourisme. Toutefois, de nouvelles études montrent que les visiteurs apprécient la forêt, tandis que les autochtones déplorent la perte des prés et des pâturages de leurs ancêtres. D'autre part, une forêt de montagne saine a une valeur supplémentaire : un cinquième des forêts alpines possède une fonction protectrice particulière en contribuant à la stabilisation des versants pentus et à la prévention des avalanches et des glissements de terrain.
Bien que l'économie sylvicole durable puisse être considérée comme une protection active de l'environnement, nos forêts sont toujours bien trop peu exploitées pour la production de matière première. Le bois est non seulement un matériau idéal, mais aussi une source d'énergie renouvelable importante, présentant un bilan neutre par rapport au CO2.
L'équipe d'expert-e-s recommande par conséquent de tirer profit du paysage unique des Alpes et des énergies indigènes non-polluantes comme le bois, le vent, l'eau et la biomasse, qui constituent les principales ressources régionales. Les expert-e-s invite aussi à concevoir l'identité sociale et régionale de ses habitant-e-s comme une "ressource". En réussissant à développer des filières de produits et de services durables et typiques des Alpes, on préserverait mieux l'équilibre fragile de l'environnement, par exemple. En effet, les parcours seraient plus courts et l'on créerait des emplois qui prennent en compte la diversité biologique des Alpes et seraient peu vulnérables en cas de crise, dans le contexte de la globalisation et de la libéralisation progressives du marché mondial.

Même les initiatives les meilleures et les plus créatives des Alpes ne parviennent pas à contrer ces tendances globales, qui renforcent les centres et affaiblissent les régions périphériques, si elles ne sont pas soutenues par une politique ad hoc : le futur développement dans les Alpes dépend donc très largement de la législation relative aux régions de montagne et des programmes et instruments promotionnels européens et nationaux qui en découlent. C'est pourquoi la CIPRA demande que les exigences et les instruments existants soient réexaminés, évalués et optimisés régulièrement. C'est là une base essentielle pour un développement régional durable.

Les questions centrales que s'est posées l'équipe d'expert-e-s d'"Avenir dans les Alpes" sont les suivantes : Comment tirer profit des possibilités régionales et locales pour développer des filières fructueuses de produits et de services ? Comment tirer parti des réseaux existants et les développer encore ? Comment diffuser de nouvelles idées et favoriser des coopérations ? Et comment amener les acteurs et actrices à profiter mutuellement de leur savoir et de leurs expériences ? L'équipe a abouti aux recommandations suivantes :

o Les régions devraient poursuivre des stratégies à long terme pour l`exploitation des potentiel local. Avec un transfert interdisciplinaire de connaissances et une coopération interrégionale, les personnes concernées peuvent développer des modèles sur mesure pour leur région.

o Agir localement, penser globalement ! Les régions alpines devraient faire preuve de prévoyance et mettre en relation les besoins du marché extra-alpin d'une part et les structures de l'économie intérieure et des stratégies sociales d'autre part.

o Il faudrait encourager le développement de prestations de services de qualité, ménageant les ressources, comme le tourisme doux ou la gestion de risques naturels tels que les glissements de terrain et les avalanches.

o Il faudrait soutenir le développement de produits et de services exclusifs, spécifiques aux Alpes ( avantages comparatifs alpins ), désignés par des labels les identifiant comme marques régionales et commercialisés de façon ciblée.

o Le succès à long terme des projets modèles dépend beaucoup de personnalités fortes aptes à assumer un " leadership ", qui connaissent le marché et peuvent mener à bien un projet complexe. La mise sur pied d'un master pour le développement de l'espace alpin pourrait stimuler les compétences des acteurs et actrices clefs. Cette recommandation des expert-e-s correspond à l'exigence du "renforcement des capacités et savoir-faire" formulée par la CIPRA. Pour développer les compétences des responsables des projets et de leurs participant-e-s, la CIPRA soutient diverses mesures de formation et de formation continue.

A l'aide de leurs bases de données, des publications récentes, d'interviews et de recherches sur Internet, les expert-e-s ont sélectionné 29 projets modèles dans six pays alpins (www.cipra.org/zukunft), caractérisés par une gestion durable et contribuant de manière exemplaire à la valeur ajoutée régionale. Pour que ces initiatives deviennent la règle, il est nécessaire d'améliorer les conditions cadres : la CIPRA invite l'UE, les États alpins et les régions à mettre en œuvre une politique régionale durable véritablement digne de ce nom. Trois des projets modèles exemplaires sont présentés ci-après:

1er exemple issu du dans le Vorarlberg (Autriche)
www.holzbaukunst.at
Lauréat du concours "Avenir dans les Alpes" de la CIPRA en 2005
Art de la construction en bois dans le Vorarlberg
La Communauté de qualité Construction en bois au Vorarlberg est une chaîne régionale classique, qui va du propriétaire forestier au charpentier et au menuisier. Des propriétaires de scieries du Vorarlberg, des fournisseurs industriels et artisanaux ainsi qu'un groupe d'architectes, d'aménageurs et d'expert-e-s de la forêt et du bois constituent le groupe central du projet.
La coopérative créée il y a six ans puise sa matière première dans les forêts de sapin blanc du Grosse Walsertal, exploitées de manière durable. Elle fait appel au savoir-faire des professionnels du bois au Vorarlberg et contribue du même coup à l'approfondir. Davantage de constructions en bois ambitieuses, grâce à un marketing commun, à la formation continue et au lobbying : telle est l'idée directrice de la Communauté de qualité qui compte 82 membres. Il convient également de convaincre les maîtres d'ouvrage privés et communaux qu'il ne faut pas forcément construire en bois scandinave ou tropical mais utiliser plutôt des bois de la région qui garantissent eux aussi un standard élevé.

Du bois de la région pour une architecture novatrice
Les nombreux exemples d'architecture moderne en bois et en verre et d'assainissements réussis dans la région du Vorarlberg parlent d'eux-mêmes. En outre, la coopérative a également fait parler d'elle grâce à deux initiatives réussies : l'attribution du Prix Construction d'art en bois du Vorarlberg , organisé tous les deux ans et bénéficiant d'une importante participation, et le projet Avenir de la construction en bois qui comprend un programme d'étude et de promotion approfondi pour les personnes désireuses de se former dans la menuiserie et la charpenterie. A la fin de l'apprentissage, on réinterprète la tradition du séjour à l'étranger : les jeunes charpentiers vont étudier la culture de la construction en bois en Suède.
Matthias Amman, de Feldkirch/A, est la figure clef l'instigateur et le directeur de la Communauté de qualité ; en tant qu'ancien collaborateur de la Chambre économique du Vorarlberg, il entretient des contacts décisifs avec les milieux politiques, économiques et écologistes. Font également partie de la coopérative 45 menuiseries, 38 propriétaires de forêts, scieries et entreprises de transformation du bois. Le budget annuel de près de 900'000 euros est financé en partie par des fonds de l'UE, mais aussi par des sponsors locaux comme la Banque Raiffeisen, la société énergétique du Vorarlberg ou la Chambre de commerce et d'industrie.

Boom du tourisme architectural
Le résultat en vaut la peine : 60 bâtiments publics ont été construits en bois, dont huit entièrement en sapin blanc régional. Les besoins en bois de construction local ont doublé. 60'000 m3 de volume d'exploitation en plus par année représentent des recettes supplémentaires de 6,6 millions d'euros pour les propriétaires de forêts et de scieries. 32 entreprises ont également recruté du personnel. Malgré la crise de la construction et la mécanisation progressive, le nombre d'employé-e-s dans l'artisanat du bois est passé de 700 à 900 depuis 1997.
La forte augmentation du nombre de visiteurs et visiteuses constitue un autre effet secondaire bienvenu : 40'000 à 50'000 touristes se sont rendus au Vorarlberg expressément pour découvrir ses créations architecturales en bois. Les constructeurs de fenêtres et de poêles en catelles montrent un nouvel intérêt pour une coopération.

2ème exemple, Valaisan (Suisse)
Finaliste du concours "Avenir dans les Alpes" de la CIPRA en 2005
www.valplantes.ch
Valplantes Bio Alp Tea
La coopérative agricole Valplantes, fondée en 1987 dans la partie francophone du canton du Valais (Suisse), produit des tisanes ainsi que des plantes aromatiques et médicinales biologiques. Environ 150 familles, vivant à Sembrancher et dans les communes de montagne avoisinantes, cultivent, récoltent, sèchent et transforment des plantes médicinales biologiques selon les règles et les exigences qualitatives de "BioSuisse", l'organisation suisse de promotion de l'agriculture écologique. Non seulement les familles d'agriculteurs y gagnent un appréciable revenu complémentaire, mais elles maintiennent aussi en vie des communes de montagne menacées par l'émigration.
La diversité des plantes va de l'Edelweiss, de la sauge, de la menthe, au plantain et au thym. Les cultivateurs et cultivatrices, conseillés par le Centre de recherche RAC de Châteauneuf/Conthey et par l'école d'ingénieurs du Valais, ont lancé sur le marché avec succès le premier ice tea bio du monde : le Bio Alp Tea.

La sauge et le thym pour sauver des emplois
Ce projet a une incidence positive sur l'environnement et l'économie. En effet, il contribue au maintien d'emplois traditionnels dans l'agriculture grâce à la culture biologique et a l'avantage de protéger la flore typique des prairies alpines, ce qui attire les amateurs de tourisme doux. Cinq emplois ont été créés dans la coopérative même. Lors des assemblées annuelles, les grands et les petits producteurs ont le même droit de vote. Le bilan énergétique est également positif. Comme on ne peut pas utiliser de machines sur les versants escarpés, on doit travailler à la main. Le séchage naturel des plantes permet également d'économiser de l'énergie et de réduire le volume matières à de transport.
La coopérative Valplantes contribue également à la création valeur ajoutée régionale : plus de 100 tonnes de plantes biologiques sont produites, récoltées et commercialisées chaque année dans de grandes chaînes d'alimentation suisses. La coopérative enregistre chaque année un chiffre d'affaires atteignant 1,3 million d'euros. Ce sont surtout des agricultrices ayant des enfants en bas âge, qui ne pourraient pas travailler ailleurs que chez elles et des personnes d'âge mûr qui trouvent ainsi une possibilité de gain et sauvegardent un savoir traditionnel.

3ème exemple, issu de l'Allgäu (Allemagne)
www.pfronten.de
HeuVital
Ailleurs, le foin n'est rien d'autre que de l'herbe séchée, du fourrage pour le bétail, fauché à la main ou à la machine. Dans la commune de Pfronten, dans l'Allgaü, on a développé un concept de tourisme durable du nom de "Heu-Vital", qui repose sur l'utilisation de foin de montagne dans le cadre d'offres wellness et médicinales.
Le foin provient exclusivement de prairies de montagne protégées qui ne sont fauchées qu'une seule fois dans l'année et qui ne sont ni pâturées ni fertilisées. Il y pousse jusqu'à 70 plantes médicinales différentes par mètre carré. Un véritable culte du foin s'est développé à Pfronten : enveloppements de foin (sachets de lin remplis de foin de plantes aromatiques, chauffés à la vapeur à 50°C), massages au foin, coussins de foin, huile de foin et produits cosmétiques à base de foin, eau-de-vie et liqueur de foin, etc.

Du foin pour la santé, pour le plaisir et comme source de revenu
Plus d'un agriculteur de montagne a ainsi vu s'ouvrir à lui une source de revenu intéressante et tout à fait écologique avec cette matière première locale - une alternative séduisante aux prestations subventionnées habituelles. Cette activité contribue à la sauvegarde du paysage et toute une chaîne de valeur ajoutée dépendant du tourisme en profite, de l'auberge à l'hôtel quatre étoiles en passant par l'exploitation agricole. Ce projet est dirigé par la commune de Pfronten, la société de commercialisation BWT Kurmittel GmbH, l'association des hôteliers et restaurateurs et différentes initiatives basées à Pfronten. Il a assuré à la localité une publicité qui va au-delà de la région.