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Louis Didelle, co-fondateur de l’Escarpade, allie engagement écologique et pratique de loisirs en montagne

11/06/2024 / Sarah Chavaudra, CIPRA France

Dans le cadre du projet Erasmus+ DINAMO, mené par CIPRA France et CIPRA Allemagne pour promouvoir les solutions de mobilité durables dans les territoires ruraux de montagne ainsi que la coopération transfrontalière, CIPRA France a eu l’occasion d’interviewer 3 de ses membres sur leurs initiatives. Découvrez les interviews mobilité de Juliette Dané (Mountain Wilderness France), de Louis Didelle (L’Escarpade) et bientôt celle d’Antoine Pin (Protect Our Winters France).

Logo de l'Escarpade, de DINAMO et du programme européen Erasmus+
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Peux-tu te présenter et parler de ta structure ?

Je suis Louis Didelle, le co-fondateur de l’association “L’Escarpade”. Cette association née en 2023 est le fruit d’une longue réflexion sur le manque de possibilités soutenables pour se rendre en montagne en tant que pratiquant.e de sport. Après une saison de “vélo-ski”, c’est à dire de rejoindre les itinéraires de ski de randonnée en vélo, les skis sur le dos, nous avons été curieux de rencontrer d’autres pratiquant.e.s avec l’ambition de pouvoir répandre cette pratique à un public amateur.

 

Quels sont les objectifs de l’Escarpade ?

C’est un challenge qui a un double volet sportif et pédagogique afin de sensibiliser le public aux enjeux des mobilités douces. L’objectif est de montrer aux amateurs et amatrices qu’ils peuvent faire du vélo-ski en ayant peu de temps libre et/ou en changeant leur vision de la pratique.

La première édition de 2023 s’est déroulée dans le massif de Belledonne (Isère) et a regroupé une trentaine de personnes durant 3 jours pour un raid vélo et ski, ponctué d’ateliers de sensibilisation. L’ensemble des participant.e.s a pu contempler l’histoire du ski alpin à travers une exposition photographique, s’interroger sur les enjeux du pastoralime y compris sur la question de la prédation, participer à la Fresque des mobilités en montagne proposer par POW, ou encore échanger sur les conséquences du changement climatique en montagne grâce à la projection du film “à l’ombre des glaciers alpins”.

L’Escarpade, c’est ainsi prouver qu’on peut allier engagement écologique et pratique de la montagne: 52% du bilan carbone des pratiquant.e.s de la montagne est dû aux mobilités d’après une étude d’Utopies pour l’ADEME. Face à ce constat, il est nécessaire de réduire son empreinte carbone tout en prenant en compte d’autres enjeux actuels tels que la surfréquentation des milieux montagnards, notamment en limitant le nombre de participant.e.s.

La première édition de l’Escarpade a reçu de nombreux soutiens, notamment des collectivités, pour son approche innovante. Mais elle a touché davantage de personnes déjà sensibilisées aux enjeux environnementaux que de sportif.ve.s non conscientisé.e.s. Pour autant, certain.e.s participant.e.s ont traversé la France pour vivre l’expérience, ce qui est prometteur pour la pratique.

Participants faisant du vélo avec les skis sur le dos
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L'Escarpade, édition 2023 ©Escarpade

Quels sont les leviers pour une mobilité de loisirs et touristique sans voiture?

Si nous considèrons d’abord les freins à la pratique du vélo comme moyen de transport en montagne, ils sont dans les représentations que l’on se fait de l’activité,et individuels Mais également du dénivelé, des conditions météorologiques et de la vitesse.

La démarche de l’Escarpade, est de montrer qu’il est possible de se rendre en montagne avec un vélo classique : les routes sont très souvent dégagées. Pour l’édition 2024, dans une volonté de répandre la pratique et d’être le plus inclusif possible, nous avons pu mettre à disposition des participant.e.s 5 vélos électriques, et nous avons également proposé 2 niveaux de difficulté sur nos parcours (débutant / confirmé).

D’autres freins ont été relevés dans les résultats de l’enquête menée auprès des pratiquant.e.s et habitant.e.s de Belledonne. Nous constatons que les horaires et lieux de desserte ne sont pas appropriés à la pratique de loisirs mais permettent surtout aux gens d’aller travailler dans le meilleur des cas. Par ailleurs, la pratique du vélo est difficile aussi car il y a un réel manque d’aménagement pour les cyclistes en stations. Les parkings à vélo seraient un premier élément facile à mettre en place sans passer par une pluralité d’acteurs, c’est un vrai levier pour la pratique ! Dans un second temps, nous aimerions que les communes puissent proposer des vélos à assistance électrique ou des aides à l’achat afin d’effacer le frein de la difficulté et de l’effort.

 

Quelles sont les perspectives de l’Escarpade ?

Pour l’Escarpade, nous souhaiterions que davantage d’associations ayant des salarié.e.s, de collectivités et/ou de politiciens viennent nous solliciter pour valoriser l’initiative et les résultats de l’enquête afin d’amener à de vraies propositions de solutions.

Pour le vélo ski, il y a eu un bel engouement autour de la pratique. Grâce aux données d’achat de “Skiloo”, une pièce qui permet d’attacher ses skis à son vélo, créée par l’autre co-fondateur de l’Escarpade, on a pu voir que la pièce servait aussi aux voyages du quotidien, au dernier kilomètre, le vélo ski c’est se déplacer ce n’est pas que aller à la montagne.

 Mais pour autant, ce n’est pas un modèle alternatif à la voiture, et c’est ce qui est dit dit à la fin de “WhAÏE?”, le film que nous avons réalisé pour échanger sur les problématiques locales en montagne."Ce film n'est pas seulement une invitation à découvrir le vélo-ski, il s'agit d'une incitation à participer à la transition écologique. En voyant des personnes se déplacer en vélo pour aller skier, d'autres pourraient être inspirés et adopter des comportements plus respectueux de l'environnement, comme limiter l'usage de leur voiture."

Mots-clés associés : Interview, Sports de montagne, Mobilité douce