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L’innovation sociale plutôt que la croissance

Marché saturé : il faut trouver des alternatives à la croissance générée par la bétonisation. © Pete Coleman, flickr

Marché saturé : il faut trouver des alternatives à la croissance générée par la bétonisation. © Pete Coleman, flickr

Le moteur de croissance « tourisme et BTP » toussote. Il faut de nouvelles pratiques sociales, des changements institutionnels et des démarches participatives pour les remplacer.

Les territoires alpins sont soumis à une pression constante de développement. Certains moteurs de ce développement agissent sur de longues périodes, tels que les transformations démographiques, la globalisation et l’augmentation de l’utilisation des ressources. Par conséquent l’adaptation, la nécessaire concurrence, la transformation et la diversification se font sous haute pression. D’autres phénomènes arrivent de façon brusque et effraient. En Suisse ce fut, par exemple, l’abandon des clients allemands du fait de la crise économique et financière –marquée par le Franc suisse fort- ou encore des changements législatifs, tels que la loi sur les résidences secondaires. La situation est particulièrement critique lorsque les différentes causes citées ont un effet rapide et cumulé, touchant en même temps les principales industries des Alpes, souvent centralisées, le tourisme, structuré de façon plus diffuse, ou encore le secteur du BTP.
Une telle situation est la cause des problèmes économiques de nombreuses destinations, qui se traduisent notamment par la baisse des nuitées dans l’hôtellerie ou la stagnation du moteur de croissance des dernières décennies, « tourisme et BTP ». Des traces de freinages apparaissent notamment du fait de la raréfaction de terrains constructibles. En même temps, un changement dans la composition de la clientèle est en cours : il y a moins de clients des marchés de proximité, tels que l’Allemagne. Ceux-ci sont en partie remplacés par une clientèle à moindre valeur ajoutée, provenant des marchés asiatiques, plus lointains. Enfin, la croissance faible des régions d’où proviennent les touristes et des avant-pays, pèse sur la capacité d’investissement. Les perspectives de relance d’une croissance de même ampleur sont mauvaises, un changement structurel est en cours et exige un nouveau mode de pensée.

Centre du bois, partage de personnel et plus encore

Comment concevoir des modèles d’entreprise dans le domaine du tourisme et du BTP, pour un avenir à faible croissance ? Il faut remplacer le développement jusqu’alors quantitatif par un développement qualitatif. L’innovation sociale est de mise : être créatifs, vouloir faire et intégrer les différents besoins et préoccupations. Des démarches partagées autour de l’innovation, s’appuyant sur de nouvelles pratiques sociales, des changements institutionnels et des approches participatives, peuvent faire naître de nouvelles opportunités pour le tourisme et pour le BTP.
Des innovations sociales émergent par exemple en Suisse dans le projet « Avenir Hasliberg », initié par la commune : dans cette démarche collective, plus de 100 résidents permanents et secondaires ont proposé des idées pour redynamiser le développement local, par exemple avec un centre du bois, une maison multi-générationnelle ou des possibilités de présentation pour les petites entreprises. A Adelboden, on envisage de relancer l’économie locale en incitant des propriétaires de résidences secondaires vieillies à les rénover avec une aide financière et technique de la commune et en faisant intervenir les petites entreprises locales. Après avoir été rénovées, ces résidences de vacances devront être proposées sur le marché de l’immobilier pendant une partie de l’année. Une autre initiative : des entreprises hôtelières grisonnes et tessinoises se partagent le personnel qualifié, afin de surmonter les pics saisonniers décalés. A travers de telles coopérations, la gestion du personnel s’améliore et les salariés ont la possibilité d’acquérir de nouvelles compétences, ce qui renforce l’attractivité de l’employeur. Les innovations sociales peuvent redistribuer le chiffre d’affaires et les bénéfices et permettre de mieux gérer les ressources. Elles nécessitent une coordination et une communication de grande qualité et elles donnent priorité aux qualités matérielle et immatérielle. La formation de base et la formation continue jouent un rôle primordial. De telles innovations diminuent par ailleurs la prise de risque, nuisent moins aux paysages et montrent aux générations futures qu’un modèle d’entreprise intégré permet de vivre de façon soutenable dans la région alpine, au côté des touristes.

Monika Bandi Tanner, Université de Berne/CH, Institut de recherche sur le tourisme (CRED-T) et
Irmi Seidl, Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage Birmensdorf/CH

Quelle destination pour le tourisme du ski ?

Il existe des études scientifiques qui montrent quel type de sociétés de remontées mécaniques est endetté, quelles sommes sont en jeu et combien de sociétés perçoivent des subventions – et quelles conséquences cela engendre à long terme. CIPRA International avait obtenu l’accès à l’étude relative à l’Autriche. A la dernière minute, l’institut de recherche concerné s’est rétracté ; la raison de ce volte-face, selon l’auteur, serait la crainte de conflits et d’une perte de contrats pour l’institut.
D’autres études publiées permettent certains constats sur l’évolution du comportement des touristes. Comme présenté dans la prise de position de la CIPRA « Solstice pour le tourisme hivernal », le nombre de nuitées recule depuis des années dans les Alpes, y compris dans les grandes destinations de sports d’hiver. Le nombre des journées-skieurs diminue lui aussi depuis cinq ans dans tous les pays alpins, tout comme la longueur des séjours. Les jeunes, en particulier, ne pratiquent plus les sports d’hiver qu’occasionnellement (au mieux). Entre un tiers et un quart des stations sont déficitaires. L’appel au financement public des activités de marketing et des infrastructures s’intensifie, le risque est reporté sur la société.
La tendance actuelle de création de liaisons entre domaines skiables n’est pas une garantie pour attirer des touristes supplémentaires, comme l’indiquent diverses études. L’offre élargie attire peut-être une nouvelle clientèle à court terme. Mais dès qu’une autre station agrandit son infrastructure, cette clientèle s’en va ailleurs. Le nombre total de skieurs est globalement en baisse – c’est donc une compétition intra-alpine pour la répartition des skieurs qui est en jeu.
Barbara Wülser, CIPRA International

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