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Nouer des contacts et chercher les points communs

© Caroline Begle/CIPRA International

Engagement en faveur de l’environnement pour dépasser les frontières – Wolfgang Burhenne, membre fondateur de la CIPRA, et Andrea Matt, directrice de CIPRA Liechtenstein, parlent de rôle d’ «acteur de réseau».
Soudain, il y a eu cette frontière. Quel ennui ! Avant la guerre, Wolfgang Burhenne, né en 1924 et ayant grandi à Garmisch, allait tout naturellement faire ses courses à Innsbruck. Ou en Suisse faire de l’escalade. Les grands-parents avaient une maison sur le lac de Constance et allaient chasser dans la Forêt de Bregenz. Tout avait brusquement changé. Il avait été emprisonné par les nazis pendant trois ans au camp de Dachau parce qu’il avait aidé des détenus. Et après la guerre, il y eut à nouveau des clôtures -dans les montagnes. «Les frontières vers l’Autriche ou la Suisse étaient difficiles à franchir», se souvient Wolfgang Burhenne. En 1952, il fut l’un des initiateurs de la fondation de la CIPRA à Rottach-Egern sur le lac Tegern et en fut le premier secrétaire général honoraire. Au même endroit et 60 ans plus tard, le 5 mai 2012, à près de 90 ans il fête le bel anniversaire de cette organisation avec les représentant-e-s actuels de la CIPRA, les compagnons de route et les amis.
Autre lieu, autre génération. Andrea Matt arrange sa jupe verte, tire sur les manches de sa blouse brodée et enfile la veste de laine gris clair par dessus. Sa tenue a dans ce cas une fonction politique : la directrice de CIPRA Liechtenstein se rend à l’assemblée générale des chasseurs du Liechtenstein. L’enjeu est d’importance : elle voudrait gagner les chasseurs aux idées de la CIPRA. «La clé du succès est souvent dans la recherche de partenaires dont l’activité ne fait pas directement partie de la protection de la nature», dit cette femme de 52 ans. Le code vestimentaire aide parfois à la communication. Devant les représentant-e-s du monde économique, elle se présente en tailleur noir, à l’assemblée générale des membres de la Liechtensteinische Gesellschaft für Umweltschutz - LGU (Société liechtensteinoise de Protection de l’Environnement), dont elle est directrice, elle apparaît en jeans et T-shirt. Andrea Matt considère que sa tâche primordiale est d’aller vers les gens avec les arguments qui lui tiennent à cœur, de chercher ce qui les relie et de tisser des réseaux qui dépassent les frontières linguistiques et culturelles.

La chasse aux contacts
Deux personnalités différentes, la même mission : il faut des contacts pour arriver à un résultat. Sur ce plan, rien n’a changé depuis la fondation de la CIPRA. Après la guerre, les occupants américains voulaient déposséder les Bavarois de leur droit de chasse qui est traditionnellement lié à la terre. Ils recrutaient leurs soldats en promettant «free fishing and hunting». Wolfgang Burhenne, qui travaillait alors au ministère de l’Alimentation, de l’Agriculture et des Forêts du Land de Bavière, donna sa démission pour protester contre la politique du gouvernement militaire et prit contact avec les milieux américains de protection de la nature. En 1948, il fut le premier Allemand à participer à la fondation de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). C’est grâce à lui que l’Allemagne put en devenir membre en 1950. Pas étonnant ensuite que Charles Bernhard, premier président de l’UICN, devienne aussi premier président de la CIPRA, qu’il aida à acquérir une reconnaissance internationale.
Mettre au point des stratégies, forger des plans de bataille, affûter ses arguments, suivre obstinément son objectif : Andrea Matt l’a également appris en politique. Elle a été députée au Landtag de 2005 à 2009. Elle suit une ligne claire, sans exclure des compromis. «Je ne peux exiger que ce qui est faisable dans un cadre existant. » Wolfgang Burhenne énonce la même règle de bon sens : «Il ne faut rien exiger qu’on ne puisse justifier.»

La science ne s’impose pas d’elle-même
«Les scientifiques pensaient autrefois que toute nouvelle découverte faite par eux devait être endossée par les milieux politiques.»
remarque Wolfgang Burhenne. Mais ça ne se passe pas ainsi. C’est à partir des découvertes scientifiques qu’il faudrait tirer des conclusions politiques – voilà le rôle qu’il pense être le sien et celui des organisations de protection de l’environnement telles que la CIPRA. Lorsque, après la guerre, il avait aidé à faire passer une nouvelle loi pour la chasse – «qui naturellement ne correspondait pas aux idées des Américains» – le premier ministre bavarois le pria de travailler aussi sur la loi fédérale. Ce fut le début d’un long parcours législatif : il fonda et dirigea le comité juridique de l’UICN, représenta la Convention alpine à l’UICN, fut président du comité des Nations Unies pour l’élaboration d’une charte mondiale de la nature et incita à la signature de l’accord international pour la protection des espèces en péril et d’autres accords.
Un modèle, estime Andrea Matt. «Il a fait ce que je voudrais faire le plus», participer à la mise en place du cadre juridique. Cette designer ayant une formation juridique est convaincue que le droit de l’environnement européen met la barre très haut. Les lois d’aujourd’hui tiennent plutôt lieu de mesures directives visant un certain comportement. La société s’accorde dans la discussion politique sur un état qu’elle accepte comme étant bon et vers lequel elle tend. «Les discussions juridiques font donc aussi avancer notre système de valeurs.»

Pensée et action en réseau
Wolfgang Burhenne est un peu plus pessimiste. D’après lui, malgré une conscience accrue des questions environnementales, le monde ne s’est guère amélioré ces dernières décennies. Pourquoi ? «Parce que l’être humain ne s’améliore pas». Il voit avec inquiétude qu’on est de plus en plus à l’étroit sur la terre et que la pression sur l’environnement augmente. Andrea Matt, qui représente une nouvelle génération concernant le sens des responsabilités, y voit tout de même des opportunités : «Avec le changement climatique, nous arrivons à un point où nous ne faisons plus de la protection de la nature simplement pour préserver la nature, mais pour protéger notre propre vie.»
Pour cela, il faut dépasser les frontières nationales. Quand la directrice de CIPRA Liechtenstein retrouve des collègues d’Autriche ou de France, elle prend connaissance des solutions auxquelles ils/elles travaillent. «Je peux en tirer des concepts qui fonctionnent aussi chez nous.» C’est pourquoi la CIPRA en tant qu’organisation-réseau est si importante. Voilà finalement ce qui est passionnant dans les Alpes : «On a un élément unificateur, l’espace de vie commun que sont les Alpes, où les enjeux sont analogues partout. Et des populations très différentes qui façonnent ensemble cet espace.» Les rassembler est une tâche qui durera plusieurs générations. Une mission pour la CIPRA.

Barbara Wülser
CIPRA International

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Graphiste et conceptrice politique
Andrea Matt, née en 1960, s’est engagée depuis plusieurs années dans le développement soutenable au Liechtenstein et bien au-delà. Actuellement, elle dirige CIPRA Liechtenstein et la Liechtensteinische Gesellschaft für Umweltschutz (société liechtensteinoise pour la protection de l’environnement). Auparavant, elle était députée au Parlement du Liechtenstein. Cette graphiste et journaliste scientifique a fourbi ses armes politiques en faisant des études centrées sur le droit des femmes et le droit de l’environnement.

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Un pionnier de la protection de la nature
Né en 1924, Wolfgang Burhenne a perdu son père à l’âge de six ans. Il a été blessé pendant la guerre et a passé trois ans dans les camps de concentration et d’internement. Après la guerre, il a étudié le droit, la sylviculture et les sciences politiques. Outre son activité de directeur du groupe de travail interparlementaire, il a toujours été très engagé dans la protection de la nature et la politique environnementale. Il est membre d’honneur de la CIPRA et CIPRA Allemagne lui a décerné en 2011 le troisième Prix des Alpes allemand.

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Source: Rapport annuel 2012 CIPRA International
www.cipra.org/fr/CIPRA/cipra-international
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