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La CIPRA - pivot et point d'ancrage

Chris Walzer, chef de file du projet Econnect, est professeur de médecine vétérinaire pour la faune sauvage et de protection de la nature à l'Institut de Recherche sur la faune sauvage et l'écologie de l'Université de Vienne/A. En outre, cet homme de 49 ans s'investit surtout dans la protection des espèces en Asie centrale en tant que spécialiste et conseiller scientifique auprès de plusieurs institutions. www.vu-wien.ac.at © Caroline Begle / CIPRA International

Chris Walzer, chef de file d'Econnect, nous parle de connectivité écologique, de barrières mentales et d'un paysage perméable.
Le projet Econnect a pris fin au bout de trois ans. Les ours, les lynx et les loups peuvent-ils désormais déambuler tranquillement ?
Ce n'était pas le but du projet. Les grands prédateurs tels que les ours, les lynx et les loups ne connaissent guère de barrières structurelles. Les barrières sont dans la tête : certaines personnes ne veulent pas partager le paysage avec un carnassier. Le résultat le plus important d'Econnect est que la notion de barrière a maintenant pris un sens totalement différent pour nous. Auparavant, nous nous efforcions d'aborder le sujet de manière relativement limitée dans l'espace. Au bout de trois ans de discussions intenses, nous sommes parvenus à la conclusion que la perméabilité doit être assurée sur l'ensemble du paysage indépendamment des éléments particuliers. Passer du concept classique de corridors à celui d'une matrice paysagère perméable est un long processus qui ne s'est concrétisé que vers la fin du projet.

Peut-on considérer ce changement d'état d'esprit comme un des succès du projet ?
A mon avis, c'est l'un des succès majeurs. Les partenaires ne partagent pas tous ce point de vue. S'occuper d'un corridor est beaucoup plus facile : ici un îlot, là un corridor…des autoroutes vertes - les animaux peuvent aller et venir. Mais qu'y a-t-il ailleurs ? Ce qui bouge est sans aucune protection. Le problème est délimité ainsi que l'attention qu'il requiert, délimité dans l'espace, délimité par tout un édifice intellectuel. Si je dis maintenant que tout le paysage doit être perméable, ça se complique. Les conflits potentiels augmentent également.

" Les plus grands obstacles sont de nature culturelle ", lit-on dans le rapport final. Qu'entend-on par là ?
Ce sont des questions sociopolitiques. En fin de compte, c'est un problème éthique : nous raccommodons les symptômes qui se trouvent au bout d'une longue chaîne -paysage fragmenté, infrastructures, circulation croissante. Mais rares sont ceux qui se demandent si nous avons vraiment besoin de plus de circulation, de plus d'infrastructures. En réalité, c'est la croissance qu'il faudrait remettre en question. Nous n'arrivons pas à travailler aussi vite que les choses évoluent. Le problème ne cesse de se déplacer. Quand je propose une solution, le problème a déjà changé.

La CIPRA ne gère pas de réserves naturelles et ne produit pas d'ouvrages scientifiques. Où situez-vous la contribution de la CIPRA ?
La CIPRA a été l'une des fondatrices du projet. Elle est pivot et point d'ancrage, centre de compétence. Elle possède une grande connaissance des partenaires dans l'espace alpin ; on peut y trouver beaucoup de ressources et de données fondamentales, un savoir accumulé depuis des années sur les réseaux écologiques dans les Alpes. Sans elle, le projet n'aurait pas été possible. La CIPRA est aussi un creuset : quand il s'agit de problèmes éthiques comme on l'a évoqué plus haut, la CIPRA enregistre ces informations et y travaille. Sur les limites de la croissance, la CIPRA a déjà fait un certain nombre de choses. Il faut peut-être qu'à l'avenir, la CIPRA mette encore plus en avant les questions sociopolitiques.

La plateforme Jecami est un outil cartographique qui permet la visualisation des barrières et des corridors écologiques.
Le système Jecami, principalement créé par le parc national suisse, a résolu quelques problèmes. Primo, si l'on veut visualiser certains aspects du paysage tels que sa perméabilité, on est limité par la résolution spatiale donnée. Jecami peut traiter toutes les données indépendamment de l'échelle, de manière comparable à Google Earth. Et il évalue le potentiel d'un paysage par rapport à la connectivité écologique sur la base d'indicateurs tels que la densité démographique, les infrastructures, l'indice de fragmentation, la pollution lumineuse etc. C'est un bon instrument de communication, par exemple, pour les communes dans leurs discussions avec les personnes concernées telles que les propriétaires fonciers ou les agriculteurs.

Communication veut aussi dire simplification. Mais la science est complexe. Comment se situe Econnect dans cette zone de tension ?
L'écart entre la science et les utilisateurs dans les régions pilotes est parfois trop grand. Les bases théoriques existent toutes. Mais elles sont toutes " cachées " dans des publications scientifiques inaccessibles aux utilisateurs. Ce dont on a besoin, c'est un " service de traduction " qui rende les données scientifiques accessibles aux utilisateurs, aux régions pilotes. Ce serait une tâche importante pour la CIPRA que de rendre les connaissances issues de la littérature scientifique accessibles aux utilisateurs. Elle le fait déjà, mais il y a encore beaucoup, beaucoup plus de données très théoriques et complexes. Une question qui revient toujours : pourquoi la connectivité est-elle si importante pour la biodiversité ? On le sait et cela a été prouvé plusieurs fois dans des essais sur des petites surfaces. Mais, si je ne traduis pas cela, la plupart des utilisateurs ne comprennent pas. Ils n'en voient pas l'utilité et n'ont pas d'arguments en sa faveur.

La connectivité écologique est un projet de longue haleine, or le projet Econnect est terminé. Comment pouvez-vous garantir que les fruits ne vont pas se gâter?
Premièrement, nous travaillons sur des projets pour lui donner suite et nous poursuivons la mise en réseau là où elle est possible. La force d'Econnect est aussi le consortium. Si je travaille trois ans avec quelqu'un, le contact direct est établi et utilisé. Les régions pilotes ont aussi été nettement renforcées. Elles continueront de porter l'idée de connectivité à l'avenir.

Barbara Wülser (interview) et Caroline Begle (photos)



La tronçonneuse au service du grand tétras
Le grand tétras a besoin de place pour effectuer sa parade nuptiale et tenter de séduire une partenaire de reproduction. Dans la région pilote du Hohe Tauern, où le couvert forestier est dense, il n'en avait plus assez. Econnect a fait intervenir les bûcherons sur l'alpage Gassner. Sylviculteurs et agriculteurs, chasseeurs et protecteurs de la nature ont coopéré de manière si exemplaire que le projet pilote est devenu parrain du " Plan d'action grand tétras " du Land autrichien de Carinthie.

Des balles de plastique pour la signalisation
Dans les domaines skiables, les innombrables câbles des remontées mécaniques et autres infrastructures représentent pour de nombreuses espèces, en particulier les oiseaux, un danger permanent. Dans les domaines skiables de Limone Piemonte (I) et Isola 2000 (F) au sud-ouest des Alpes, grâce au projet pilote Econnect, les animaux identifient désormais le tracé des remontées mécaniques comme un obstacle signalé par plus de 2000 balles rouges. Econnect a simplement dû acheter les balles ; le travail a été effectué par les exploitants des domaines skiables.

Eteignons la lumière pour les sangliers
Dans la vallée française du Grésivaudan, les activités humaines transforment la nuit en jour. Les animaux nocturnes tels que les sangliers évitent de traverser les champs et les routes quand ils sont éclairés -un véritable problème pour leurs déplacements. Pour que la population en prenne conscience et que les communes agissent, le Département de l'Isère a organisé le 1er octobre 2011 une journée d'action pour contribuer à Econnect. Depuis, 20 communes ont déjà réduit leur éclairage.


Plus de nature en dehors des espaces protégés
Par ses activités pour la mise en réseau des habitats naturels dans les Alpes, la CIPRA renforce sa place parmi les organisations de protection de la nature. 2011 était centré sur la clôture du projet Econnect. Pendant plus de trois ans, les 16 partenaires du projet ont fait évoluer l'approche en matière de protection de la nature et obtenu les premiers succès de mise en œuvre. Le budget d'Econnect s'élevait à 3,2 millions d'euros, cofinancés par l'UE. La CIPRA a reçu du Liechtenstein la somme de 57 900 euros pour ses activités au cours des trois ans.
En 2011, la CIPRA s'est également investie dans l'Initiative Continuum écologique aux côtés du Réseau Alpin des Espaces Protégés ALPARC et du Comité scientifique international de Recherche alpine ISCAR. Elle a aussi participé aux plateformes " Réseau écologique " et " Faune sauvage et société " de la Convention alpine.
www.econnectproject.eu - www.alpine-ecological-network.org