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Les Alpes à l'âge du vent

A Entlebuch/CH , une éolienne alimente en électricité environ 300 foyers, avec un rotor de 52 m de diamètre. © Suisse Eole

La CIPRA soutient la prise de décision sur l'énergie éolienne Depuis quelques années, l'énergie éolienne a le vent en poupe dans le monde entier. Dans les Alpes aussi, on rencontre de plus en plus d'éoliennes fournissant du courant vert mais perturbant en même temps le paysage. La CIPRA demande que leur impact économique, écologique et social soit évalué de manière approfondie pour les quelques sites possibles dans l'espace alpin.
L'énergie éolienne dispose d'un grand potentiel inexploité. Elle acquiert d'autant plus de poids que les Etats européens souhaitent couvrir leurs besoins énergétiques durablement avec des énergies renouvelables. Les pouvoirs publics apportent de plus en plus souvent un soutient financier aux nouveaux projets de construction et les favorisent en offrant des conditions d'installation attractives. D'innombrables éoliennes et fermes éoliennes ont déjà été installées dans les pays plats et les zones côtières, où les vitesses moyennes des vents sont élevées et les coûts d'aménagement bas. Un nombre croissant d'éoliennes est également prévu ou déjà réalisé dans les Alpes. En Suisse, l'énergie éolienne connaît un boom particulièrement fort dans la zone alpine, en raison du manque d'alternatives. Actuellement, la Suisse possède 13 sites de production d'énergie éolienne, et 28 autres fermes éoliennes sont prévues d'ici 2025, par exemple sur les cols de Grimsel et du Lukmanier.
Sur le Gütsch au-dessus d'Andermatt/CH doivent être posées cet été les fondations de la ferme éolienne la plus élevée du monde. Trois nouvelles turbines, d'une puissance de 900 kWh chacune, complèteront celle de 600 kWh déjà existante. Avec une production annuelle attendue de quatre à cinq GWh, la ferme éolienne, située à 2 300 m, doit un jour contribuer à étancher la soif d'énergie du projet touristique et hôtelier de l'investisseur égyptien Samih Sawiris à Andermatt.

L'énergie éolienne n'est pas la panacée face au problème de l'énergie
Dans la production d'électricité à partir du vent, les aspects positifs tels que l'utilisation raisonnée des ressources, le maintien de la pureté de l'air et la protection de la nature, s'opposent aux aspects négatifs tels que la dévalorisation esthétique du paysage, les émissions sonores, l'effet stroboscopique et le dérangement de la faune -surtout des oiseaux. Les impacts sont particulièrement perceptibles dans les régions montagneuses, où les espaces naturels sont peu perturbés et les terrains plus exposés. Il y a un autre effet indirect : la demande de plus en plus forte d'extension ou de construction de nouvelles stations de transfert d'énergie par pompage pour que l'énergie éolienne, dont la production est irrégulière, puisse être stockée et vendue cher lors des pics de consommation. On prévoit d'utiliser des cours d'eau encore sauvages pour la production de courant. S'il en est ainsi, la production d'électricité à partir de l'énergie éolienne, même en dehors de l'Arc alpin, aura aussi des répercussions sur les Alpes. Les défis dans le secteur de l'énergie sont grands. Ils ne pourront être surmontés que si la consommation diminue radicalement. La Commission Internationale pour la Protection des Alpes CIPRA est convaincue que l'économie d'énergie est la priorité absolue, avant toute autre mesure. C'est seulement quand le potentiel en économies d'énergie aura été exploité à fond que l'on pourra miser sur les énergies renouvelables pour couvrir les besoins restants. L'énergie éolienne est une ressource possible parmi beaucoup d'autres.
Les éoliennes dans l'espace alpin ne peuvent pas contribuer substantiellement à la production globale d'énergie, en raison des conditions topographiques et climatiques, des coûts d'aménagement et d'entretien élevés, ainsi que du statut de protection de nombreuses zones. Il faut absolument tenir compte de ce fait dans la planification des fermes éoliennes.

Gênantes et de surcroît non rentables
La topographie alpine ne favorise pas particulièrement l'énergie éolienne. Les mesures des vents montrent que seuls quelques mamelons ou cols exposés disposent de vitesses moyennes de vents appropriés et peuvent être exploités de manière rentable. En outre, les turbulences, la neige et la glace compliquent le fonctionnement et l'entretien des éoliennes. Equiper des mamelons visibles de loin, de routes d'accès pour la construction et l'entretien porterait gravement atteinte au paysage. D'un point de vue économique, les coûts d'aménagement et d'entretien seraient trop élevés : après la construction dispendieuse de routes vers des dômes isolés, il faudrait aussi assurer un entretien hivernal sans faille. L'absence de lignes à haute tension ou la capacité insuffisante des réseaux de courant existants exigeraient, à certains endroits, des lignes supplémentaires qui, à leur tour, détérioreraient le paysage et provoqueraient une flambée des coûts.



Impliquer la population
Dans la mesure où l'exploitation de l'énergie éolienne s'intègre dans une politique énergétique régionale orientée vers l'avenir, la CIPRA est favorable à cette forme d'énergie qui ne nuit pas au climat et ménage les ressources et l'environnement, mais elle estime, par contre que les éoliennes ne sont sensées et tolérables dans les Alpes que sur quelques sites appropriés. Les éoliennes doivent être rentables. Un projet n'est acceptable pour les populations locales que s'il est économiquement valable. Les éoliennes ne doivent pas être imposées aux collectivités territoriales locales et régionales. Au contraire, il faut encourager le dialogue et fournir des informations de qualité et transparentes. La population doit pouvoir décider par un diagnostic commun et une discussion participative si l'énergie éolienne est pour elle une option sensée.
Les projets économiquement réalisables doivent être soumis à une évaluation de leur impact sur l'environnement. Les éoliennes sont fondamentalement inacceptables dans les espaces protégés et les territoires ayant une importance particulière pour l'avifaune, la beauté des paysages ou la vie culturelle. Les sites potentiellement adéquats doivent être déterminés légalement selon les outils d'aménagement du territoire et la législation en vigueur dans les communes, les régions/Länder/cantons et les Etats. Ainsi doit être empêchée toute intervention arbitraire, afin que l'exploitation de la ressource
" vent " soit bénéfique pour tous -humains, flore et faune.