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Jeux Olympiques d’hiver Turin 2006

Les Jeux Olympiques d’hiver 2006 à Turin ont bénéficié du soutien massif de l’ancien président de Fiat Gianni Agnelli, qui a profité de son influence internationale pour convaincre le Comité International Olympique (CIO) des qualités de la ville piémontaise. Il ne faut pas oublier que Fiat a depuis toujours influencé la politique à Turin et au Piémont. Le comité d’organisation TOROC et l’agence Turin 2006 comptaient notamment parmi leurs membres des personnes de confiance de Fiat. Alors que le TOROC était une fondation de droit privé non soumise aux règles et aux contrôles s’appliquant aux marchés publics, l’agence Turin 2006 a été fondée avec le statut de collectivité publique afin de construire avec des fonds publics les installations et les infrastructures nécessaires pour les Jeux.


3,5 milliards d’euros – au lieu des 500 millions prévus

Deux milliards d’euros de financement ont été réunis pour les Jeux Olympiques de Turin : 1,4 milliards par l’État italien, 200 millions par la commune de Turin, 300 millions par des financeurs privés et 159 millions par d’autres collectivités. Les coûts de l’organisation des jeux se sont montés à 1,5 milliards ; alors que la construction des installations sportives a coûté plus de deux milliards d’euros. Les recettes des droits de retransmission télévisée, des parrainages, des billets d’entrée, etc. se montaient à un peu moins d’un milliard d’euros. Pour compenser le déficit, d’autres fonds publics ont dû être mobilisés. Le dossier de candidature soumis en 1998 se basait encore sur des coûts estimés à environ 500 millions d’euros.

Publicité pour la ville, ruines pour les vallées

Pour le monde entier, il s’agissait des « Jeux de Turin ». Mais seules quelques compétitions en salle ont eu lieu à Turin même. La plupart des compétitions se sont déroulées dans des localités de montagne dans les vallées de Suse et de Chisone. Pour la ville de Turin, les Jeux étaient donc une bonne opportunité de marketing. Les choses se sont passées différemment dans les sites de montagne, qui ont été confrontées après les Jeux à l’héritage d’installations encombrantes et coûteuses, comme la piste de bobsleigh et les tremplins de saut à ski. Ces installations qui auront coûté respectivement 60 et 35 millions d’euros n’ont pratiquement plus été utilisées après 2006, d’une part du fait que les coûts d’exploitation sont trop élevés – 2,2 millions d’euros par an pour la piste de bobsleigh et 1,5 million d’euros pour les tremplins de saut –, et d’autre part parce que ces sports ne sont pratiqués que par un petit nombre d’athlètes en Italie.
Le CIO a agi de manière irresponsable en n’autorisant pas l’utilisation des installations existantes d’Albertville, ville hôte des JO de 1992, situées non loin de Turin. La proposition des organisations environnementales de construire des installations provisoires qui auraient pu être démontées après les Jeux et donc qui auraient donc été moins chères et plus écologiques a été rejetée par les organisateurs italiens.
Voir aussi « Les ruines de Turin 2006 », Alpenscène n° 94, page 16: www.cipra.org/fr/alpmedia/nouveautes-fr/4210

La population a été trompée

L’opinion publique a été fortement influencée par les médias, qui sont en Italie contrôlés essentiellement par les lobbys politiques et économiques, et qui n’ont souligné que les aspects positifs. Contrairement à d’autres villes, la population se serait ici sans doute prononcée en faveur des Jeux si on l’avait consultée. Les sites de montagne sont des communes de petite taille qui ont peu d’influence sur les décisions stratégiques prises à Turin et à Rome, et qui ont donné leur accord dans l’espoir de recevoir une petite part du gâteau.
Seuls le comité « No Olimpiadi » et des organisations environnementales ont élevé leur voix contre les Jeux. Leur stratégie qui s’est poursuivie après l’attribution des Jeux à Turin, plutôt que de contribuer à l’amélioration des projets catastrophiques pour l’environnement et beaucoup trop chers, est restée sur une position d’opposition systématique qui s’est avérée infructueuse et inefficace.

La triste réalité après les Jeux

Les Jeux Olympiques auraient dû générer un renouveau du tourisme dans les montagnes turinoises. De nouveaux lits devaient être construits dans une région où les résidences secondaires dominent, le tourisme de qualité devait être encouragé et la saison prolongée. Mais rien de tout cela ne s’est produit. Les villages olympiques ont été transformés en résidences secondaires, utilisées uniquement pour les fêtes de fin d’année. Les skieurs provoquent de longs embouteillages sur les routes le week-end, mais le reste de l’année, il ne passe pas grand-chose, comme auparavant.
Du fait de sa taille, la ville de Turin a sans doute pu mieux supporter le méga-événement que les stations de montagne. La piste ovale construite pour les épreuves de patinage de vitesse, qui a coûté 70 millions d’euros, a été transformée en Palais des Congrès, et  le Palaolimpico accueille aujourd’hui des concerts et autres manifestations (coût : 85 millions d’euros). Le village des médias et le village olympique construit sur l’ancien site des Mercati Generali, dans lequel étaient logés les athlètes, sont en revanche une sorte de ghetto occupé illégalement par des demandeurs d’asile et des réfugiés dans le plus total abandon.

L’auteur :

Francesco Pastorelli est directeur de CIPRA Italie. Il a suivi dans cette fonction les Jeux Olympiques de Turin de la candidature jusqu’à aujourd’hui, et s’intéresse particulièrement aux conséquences des Jeux pour les sites de montagne.
Contact :
francesco.pastorelli@cipra.org

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