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Un pas en avant avec la Macro-région ?

Du destinataire à l’expéditeur: dans une gouvernance multi-niveaux, la population doit être incluse. © Walter Reich, pixelio.de

Combien de grands chantiers politiques sont morts dans l’œuf et combien de grandes questions de société planent encore dans l’air en quête de réponses ! La Stratégie européenne pour les Alpes sera-t-elle de ces politiques publiques produites pour les archives ? Pas nécessairement, à condition qu’elle pose les bonnes questions et qu’elle permette un débat de qualité.

Dans les Alpes comme ailleurs les dogmes du libéralisme économique – suivi plus tard du néolibéralisme – et de la croissance sont fortement ancrés. Le taux de croissance et le
Produit Intérieur Brut sont les indicateurs phares de la richesse et du progrès des nations. Des activités sans échange monétaire, la qualité des liens sociaux ou la richesse naturelle et culturelle n’ont aucune influence sur la définition de richesse d’un pays. Vues sous cet angle, au lendemain de la guerre, les Alpes sont « en retard ». Aujourd’hui, elles ne le sont plus, mais comme l’évoque Bernard Debarbieux (p. 12) les politiques publiques et économiques de l’époque ont généré de nouveaux problèmes dans les Alpes : changements climatiques et tensions autour de la transition énergétique, globalisation de l’économie et grande disparité socio-économique d’une vallée à l’autre, changements démographiques et besoins de mobilité accrus, ou menaces sur la biodiversité et sur la qualité de l’environnement. La future macro-région alpine – initiée par plusieurs régions – doit avoir l’ambition de répondre à ces enjeux. La tâche est rendue plus difficile par le fait que cette macro-région est elle-même le fruit d’une pensée néolibérale, inscrite dans la stratégie « Europe 2020 ». La macro-région saura-t-elle ouvrir une brèche pour débattre en dehors des sentiers battus ?

Débattre des nouvelles richesses

Car, si l’on en croit Albert Einstein « on ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré ». Il semble donc illusoire de penser qu’on fera efficacement face à la crise économique, sociale, écologique et politique sans remettre en cause d’abord la logique néolibérale et le système politique qui la soutient. Commençons donc comme le propose entre autre la sociologue française, Dominique Méda, par discuter ouvertement d’une transition vers un modèle basé sur la valorisation de richesses aujourd’hui négligées. Imaginons de nouveaux indicateurs de richesse, par exemple en passant du « pouvoir d’achat » vers le « pouvoir d’usage durable » ou le « pouvoir de bien vivre », d’une approche quantitative vers un regard qualitatif.  Le débat doit être mené dans toute arène où l’avenir est en jeu. La macro-région en est une.

Nouvelles richesses – nouvelles démocraties

Pour débattre de nouvelles richesses – ou valeurs – nous devons expérimenter de nouveaux modes de pensée, de prise de décision et d’action. Renouveler nos processus démocratiques devient un impératif – et aussi une chance ! Dans le document d’intervention d’octobre 2013, les porteurs de la macro-région proposent en ce sens d’ « offrir un cadre pour une gouvernance et une coopération multi-niveau entre les pays membres et non-membres de l’UE, les régions alpines d’est en ouest et du nord au sud et avec les organisations et institutions existantes ». Une telle gouvernance devrait notamment permettre que les décisions soient prises de façon souple, ouverte et transparente et avec un souci d’équité sociale (voir Alpenscène n°96, « Notre volonté soit faite »).

Qui a la légitimité ?

C’est un grand projet qui va avoir besoin des habitants – la dite société civile – et de tous les « acteurs » alpins (élus, administratifs, entrepreneurs, chercheurs). La gouvernance est basée sur un changement du rôle des élus et des administrations qui deviennent des modérateurs dans des processus de négociation avec la société civile. Dans un tel système de gouvernance multi-niveau, les habitants jouent un rôle actif, ils ne délèguent plus la prise de décision ni la responsabilité à des « autorités ». Ces habitants ne sont plus uniquement des « voix » électorales, des payeurs d’impôts ou des assistés. Ils contribuent activement avec leurs idées et expériences à trouver des processus, des produits ou des services innovants pour faire face aux enjeux de société. Certes, emprunter un nouveau chemin ne se fait pas sans risque, mais parcourir une route délabrée ne l’est pas non plus.

Une chance à prendre

Permettre aux habitants et aux « acteurs » alpins d’imaginer ensemble l’avenir dans les Alpes, contribuer à la transition vers de nouvelles richesses et vers une démocratie rafraichie et créer un laboratoire d’idées pour demain : voilà l’ambition que devrait avoir la stratégie européenne pour les Alpes. Seule une démarche créative et ouverte permettra de trouver de vraies réponses aux questions qui se posent dans les domaines de l’économie, des transports, de l’énergie (voir p. 19), de la démographie ou encore de la biodiversité et des paysages.

 

Claire Simon
CIPRA International

 

Alpenscène est disponible gratuitement sur : www.cipra.org/alpenscene

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