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Sécurité et barrages: l'épée de Damoclès?

Depuis quarante ans, trois catastrophes sont liées à des barrages alpins. Au vu du nombre de barrages dans les Alpes, les risques qui leur sont liés peuvent être considérés comme faibles. Reste qu'une attention soutenue doit être accordée aux installations hydroélectriques.
L'histoire des Alpes montre que la gestion des immenses masses d'eau pour la production d'électricité ne va pas sans risque. Même si la sécurité des ouvrages n'a fait qu'augmenter, par deux fois, pour des raisons d'erreurs de jugement des responsables, des catastrophes ont eu lieu.

Vajont et Fréjus : plus de 2400 morts
Dans les Dolomites italiennes en 1963, malgré les mises en garde de spécialistes et de la population locale, le nouveau barrage du Vajont est rempli. Le 9 octobre, un gigantesque éboulement provoque une vague qui entraînera dans la mort plus de 2000 personnes. Malgré la vague, le barrage-voûte n'a pas été détruit.
En 1959 dans la région du Fréjus, le barrage-voûte de Malpasset, érigé pour l'approvisionnement en eau potable, s'écroule du fait d'une crue subite, accident qui fera 423 morts. Du fait de décisions inadaptées, les vannes n'ont pas été ouvertes à temps malgré les marques de faiblesses constatées au niveau des fondations du mur.
Plus récemment, en 2000, le nouveau puits blindé de Cleuson-Dixence/CH se déchire sous la pression de l'eau. 27'000 m3 font surface dans une région très pentue et emportent avec eux rochers, terre et des chalets. Trois décès sont à déplorer. L'exploitation de l'installation n'a pas été reprise depuis, du fait de travaux de renforcement à l'intérieur du puits blindé.

Responsabilité causale des propriétaires d'installations hydroélectriques
En Europe, seules deux régions ont instauré un système de responsabilité causale pour des dommages de force majeure liés à des installations hydroélectriques : les cantons suisses des Grisons et du Valais. Ils ont exigé des propriétaires de barrages qu'ils contractent une assurance complémentaire auprès du pool suisse géré par SwissRe pour l'assurance des risques RC de barrages. Dans le contexte de responsabilité causale, les propriétaires d'installations sont tenus de réparer des dommages mêmes si ceux-ci n'ont pas été occasionnés intentionnellement, de manière irresponsable ou par négligence. Le montant assuré s'élève à environ 130 mio d'euros pour chaque canton. La prime d'assurance est calculée selon le volume des retenues d'eau.
Du fait du niveau de sécurité des barrages en Suisse, les propriétaires estiment que cette assurance grève inutilement le prix du kWh. Pour comparaison, une centrale nucléaire d'après les conventions de Paris et de Bruxelles sur la responsabilité civile en matière nucléaire est assurée à hauteur de 1,5 mia d'euros. En Suisse, la couverture légale d'assurance pour une centrale atomique est de 630 millions d'euros. Les primes de responsabilité civile ne grèvent que de 0,038 cents/kWh le courant d'origine nucléaire. Pour le canton des Grisons, partant du principe que les installations hydroélectriques sont assurées par année à hauteur de 130 millions d'euros et produisent 7'862 GWh, cela correspond à 0,019 cents/kWh.

Tremblements de terre : carte des dangers révisée
Le Service sismologique suisse SED a publié fin 2004 une nouvelle carte des dangers liés aux tremblements de terre. Elle évalue les risques pour les 475 prochaines années. Elle représente " l'aléa sismique ", une valeur qui tient compte du niveau probable des secousses et de leur fréquence. Le risque de tremblement de terre a été revu à la hausse pour le canton du Valais/CH par exemple. Les Alpes sont le lieu de rencontre entre la plaque africaine et celle eurasienne, ce qui leur confère une certaine dynamique sismologique.
De l'avis de la Commission internationale des grands barrages ICOLD, les risques liés aux séismes restent d'actualité. Cette discipline est relativement neuve et les instruments de simulation numérique des dangers utilisés actuellement ne peuvent modéliser de façon fiable le danger effectif. Les connaissances dans ce domaine sont en train d'être accumulées en prenant pour objet des barrages se trouvant dans des régions ayant subi de très fortes secousses sismiques. De l'avis de Martin Wieland, ingénieur en génie civil et spécialiste des risques liés aux tremblements de terre, cette discipline va fortement évoluer ces prochaines années, avec des implications certaines sur le niveau de sécurité des barrages.
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