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Les Alpes deviennent instables

Le changement climatique se fait particulièrement sensible dans les Alpes. Le climat s'y réchauffe plus rapidement que dans le reste de l'Europe et du monde, avec pour conséquences des intempéries extrêmes plus fréquentes et des glissements de terrain. Par ailleurs, le tourisme d'hiver doit chercher de nouveaux débouchés car la neige se fait toujours plus rare.
Au cours du 20ème siècle, les températures ont augmenté deux fois plus sur le versant nord des Alpes (+1.1°C) que sur l'ensemble de la planète (+0.6°C). Les valeurs des précipitations se sont aussi modifiées. Plusieurs régions des Alpes enregistrent beaucoup plus de précipitations en hiver, toujours plus souvent sous forme de pluie.
Les raisons de ce réchauffement particulier des Alpes ne sont pas claires. Il peut être lié à une évolution des situations météorologiques générales mais aussi à une modification de la surface du sol : les surfaces claires constituées de neige et de glace sont remplacées, à la suite du réchauffement, par des surfaces sombres d'herbe ou de rocher, ce qui entraîne une diminution de la réverbération du rayonnement solaire à la surface de la terre. Une chose est sûre : les Alpes sont un espace particulièrement sensible.

La montagne en mouvement
Les chercheurs estiment que les intempéries extrêmes comme les ouragans, les tempêtes de fœhn et les très fortes chutes de pluie vont aussi se multiplier dans les Alpes au cours des prochaines années. En outre, la mauvaise saison va se prolonger tant à la fin de l'hiver qu'à la fin de l'automne. D'une manière générale, les précipitations hivernales vont augmenter d'un tiers environ et tomber principalement sous forme de pluie. Le recul du permafrost (pergélisol), dû à l'élévation des températures à haute altitude, va aussi entraîner des mouvements de terrain. Actuellement, la limite inférieure du permafrost se situe à environ 2600 mètres, soit 150 à 200 mètres plus haut qu'il y a 100 ans. Au cours des dernières années, on a enregistré plusieurs éboulements importants, que les chercheurs imputent à la fonte des sols. Un avant-goût de ce qui nous attend bientôt.

Disparition des glaciers
Entre 1850 et 1980, les glaciers des Alpes ont perdu environ un tiers de leur surface et la moitié de leur masse. 20 à 30 autres pour-cent ont fondu depuis 1980. Durant la canicule de l'été 2003, les glaciers alpins ont encore perdu 10%. A basse altitude, les glaciers vont presque entièrement disparaître et l'on tient pour vraisemblable que la moitié des glaciers des Alpes suisses ne seront plus là d'ici 2035 et les trois quarts d'ici 2050.

De la pluie en hiver
Le réchauffement climatique a aussi des conséquences graves pour les sports d'hiver. En Suisse, on considère que l'enneigement est sûr dans un domaine skiable lorsque la couverture neigeuse est de 30 à 50 cm durant 100 jours au moins entre le 1er décembre et 15 avril, pendant au moins 7 hivers sur 10. Suivant cette définition, on peut considérer aujourd'hui que l'enneigement est garanti dans 85% des domaines skiables. La limite de la garantie d'enneigement se situe actuellement vers 1200-1300 mètres.
D'ici 2050, il est probable que l'enneigement ne sera plus garanti que dans les domaines skiables situés en dessus de 1500-1600 m. Si la limite inférieure au-dessous de laquelle l'enneigement n'est plus garanti devait monter à 1500 m, seuls 63% des domaines skiables suisses offriraient encore un enneigement sûr. Si cette limite s'élevait à 1800 m, ils ne seraient plus que 44%. L'enneigement artificiel n'offre pas toujours une solution. Ce fut le cas en décembre 2004, lorsqu'il faisait tout bonnement trop chaud. En outre, la fabrication de neige artificielle exige de grandes quantités d'eau et d'énergie. Les stations de ski devraient donc chercher rapidement des alternatives si elles veulent assurer leur survie à long terme.
Au cours de ces dernières années, la recherche sur le climat a fourni suffisamment de documents. Le message est clair et le thème " Neige et changements climatiques " a été amplement traité. On pourrait certes aboutir à des conclusions plus précises pour certains endroits mais cela suppose la coopération de la branche tourisitque et des entreprises. Or, la branche ne semble pas s'émouvoir, comme en témoignent des contacts pris à l'automne 2004 en Suisse. Les bailleurs de fonds pour le financement d'investissements ne sont pas non plus disposés à prendre des mesures : " Le marché va régler la situation ", nous a répondu un représentant d'une grande banque suisse.
L'histoire de l'industrie suisse nous fournit suffisamment d'exemples qui montrent comment le marché à lui seul peut restructurer certaines branches.

Vivre avec le risque
Le réchauffement climatique implique pour les Alpes un risque accru d'inondations, d'ouragans, d'éboulements et de coulées de boue. Cette situation contraint les communes de l'espace alpin à adapter de manière optimale leurs plans d'aménagement du territoire aux zones de dangers objectives et à prendre des mesures de protection. Les digues, les ouvrages de correction et de protection, les forêts de protection, les galeries et les filets contre les chutes de pierre coûtent très cher et demandent un entretien régulier. Parfois, il faut aussi les agrandir pour protéger les infrastructures existantes. Notre marge de manœuvre est très restreinte. Les assurances sont encore disposées à couvrir les risques dans l'espace alpin contre des primes avantageuses, conformément au principe de solidarité. Cela sera-t-il toujours le cas ? Cela dépend de l'évolution des coûts et notamment de la mise en œuvre sans compromis des mesures d'aménagement du territoire, de la prise en compte des cartes des dangers pour les zones à bâtir et les infrastructures coûteuses, du renoncement aux intérêts particuliers au profit de l'intérêt général et, donc enfin, de la possibilité de maintenir le coût des dommages dans des limites supportables. Toutes ces mesures sont de la responsabilité des communes. Il est vrai que le marché va corriger de lui-même les erreurs de planification, issues d'une mauvaise compréhension de la démocratie et d'une foi irréfléchie dans la croissance. Mais cette correction va se faire tardivement. Elle sera donc brutale et entraînera des coûts élevés. La chose est impensable pour le moment, mais que se passerait-il si les assurances, pour couvrir les dommages dus aux inondations ou aux mouvements de terrain, établissaient les primes en fonction du risque effectif ? On obtiendrait des primes généralement avantageuses sur le Plateau et très chères dans l'espace alpin et le long des rivières et des fleuves… Que se passerait-il si, dans certaines régions menacées, les propriétaires de bâtiments, les investisseurs voire les caisses de pension ne pouvaient plus assurer leurs biens immobiliers et se retrouvaient confrontés à un risque élevé qui ne serait pas couvert ? On en est encore loin, mais les sociétés de réassurance et les institutions financières internationales s'inquiètent et tirent la sonnette d'alarme (UNEP Finan-cial Initiative 2002). Elles sont mues par des considérations économiques dures, pas par un sentimentalisme écologique. Le monde politique n'a pas encore compris qu'il est, lui aussi, concerné et largement responsable : la politique du climat dure plus longtemps qu'une législature, elle requiert une vision globale et à long terme et ne peut se concilier avec des intérêts particuliers. Il faut faire passer le message à la population.

Prof. Dr. Martin Grosjean
NFS Klima
Université de Berne
www.nccr-climate.unibe.ch/

Le climat en point de mire
Le climat de la Terre est un système complexe dans lequel interagissent un grand nombre d'éléments. Les systèmes complexes réagissent déjà de manière très sensible et souvent imprévisible à la modification à peine sensible de certains éléments. Les changements climatiques ont des visages et des incidences qui peuvent différer considérablement selon les régions. Ils sont plus ou moins prononcés aux divers points du globe et interviennent à différentes saisons. Compte tenu de la variabilité naturellement élevée du climat et du fait que les données le concernant sont relativement récentes, il est difficile d'apporter la preuve des changements climatiques et d'en découvrir les causes.

Les facteurs d'impulsion : le soleil, les volcans et l'homme
Sur l'échelle de temps allant de plusieurs années à plusieurs siècles, les changements dans le système climatique sont surtout causés et déterminés par des facteurs d'impulsion : activité solaire, grandes éruptions volcaniques et concentration des gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Alors que l'activité solaire et les éruptions volcaniques ne sont en rien influencées par l'activité humaine, il n'en va pas de même pour les changements intervenus dans la concentration des gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Les gaz émis depuis l'industrialisation sont responsables des plus fortes concentrations de CO2 dans l'atmosphère depuis au moins 420'000 ans.
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