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Les Alpes, un laboratoire linguistique

Indiscutablement, la biodiversité est considérée comme digne de protection. Il en va de même de la diversité culturelle et linguistique. Les deux diversités ont un élément déterminant en commun : la dynamique. La disparition d'une espèce ou d'une langue ne donne pas encore une indication fiable sur la capacité de fonctionnement du système. Reste que l'évolution de l'utilisation des langues alpines doit fait l'objet d'une attention soutenue afin de conserver et dynamiser ce patrimoine au service des hommes.
Le mulet est resté jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale, l'indispensable compagnon des paysans de montagnes. Lorsque son usage ne s'est plus avéré nécessaire, il a pratiquement disparu. Dans ce sens, le sociolinguiste Louis-Jean Calvet dit des langues qu'elles n'ont une raison d'être que si elles sont au service des hommes, et non le contraire.
Aujourd'hui, de nombreuses langues sont en train de disparaître parce que les derniers locuteurs décèdent, parce que les parents ne voient plus d'intérêt à les transmettre à leurs enfants ou parce qu'elles se modifient. Un des cinq idiomes rhéto-romans est parlé par moins de mille personnes. Se pose ici la question du soutien institutionnel à apporter à une langue. Sur le principe, dans les Alpes comme en Europe, il est nécessaire de soutenir les locuteurs d'une langue minoritaire lorsque ceux-ci en font usage. C'est un des fondements de la Convention des droits de l'homme. La décision d'encourager une langue est un choix de société qui a son prix. Le rapport entre les efforts nécessaires pour ne pas laisser mourir une langue et les chances qu'a cette langue de développer par la suite sa propre dynamique jouera un rôle dans ce choix.

Gestion du plurilinguisme
La Convention alpine considère que l'allemand, le français, l'italien et le slovène sont les langues officielles, ce qui implique une traduction intégrale de tous les documents et de toutes les séances officielles. Cette démarche rend possible le dialogue entre les délégations mais est liée à des problèmes logistiques et financiers. Ces difficultés prennent une autre dimension au niveau du Parlement européen. En effet, son secrétariat général emploie près de 3500 fonctionnaires dont le tiers est affecté à des tâches liées aux traductions dans les 12 langues officielles de l'Union. Dans une perspective d'élargissement à 25 pays et 19 langues officielles, on se retrouvera avec 342 combinaisons possibles. Il sera donc nécessaire de choisir des langues véhiculaires moins nombreuses et éventuellement des langues tournantes.

Le bilinguisme, une chance pour les Alpes
Le bilinguisme est régulé par un rapport de force. Les locuteurs de langues régionales, telles que le ladin ou le rhéto-roman, sont " automatiquement " au moins bilingues. Dans le canton des Grisons, un cinquième des rhéto-romans parlent 5 langues. Les locuteurs dont la langue a une large extension n'apprennent pratiquement jamais une régionale mais plutôt une langue de même extension ou d'une extension plus large.
Le grand défi est constitué par l'apprentissage par les locuteurs d'une langue à large extension d'au moins une autre langue que leur langue maternelle et que l'anglais. Afin d'améliorer l'échange et la compréhension d'autres espaces culturels, une action concertée dans les Alpes pour l'apprentissage d'une autre langue principale alpine est la base d'une politique alpine de développement durable. Ceci est une chance non seulement au niveau culturel mais assurément aussi au niveau économique pour les Alpes (voir encadré) et pourrait constituer une sorte de modèle pour l'Europe. Ces questions doivent être traitées par le futur protocole " Population et culture ".

Source: CIPRA Info 71, www.cipra.org/fr/alpmedia/publications/882
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